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La Turquie reste déterminée face aux États-Unis avant la visite de Tillerson

ANALYSE - La Turquie a durci son discours contre les États-Unis avant une visite cruciale du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson à Ankara. Cette rencontre a pour objectif de rétablir les liens bilatéraux après une longue période de tension entre les deux alliés de l’OTAN.

Par Tuğçe Ateş


« Il est évident que ceux qui disent: « si vous nous frappez, nous riposterons durement » n’ont jamais reçu une gifle ottomane », a déclaré mardi le président turc Recep Tayyip Erdoğan, s’adressant aux législateurs au parlement.

« Nous déclarons que nous allons détruire tous les terroristes et tous ceux qui se tiennent à leurs côtés, puis ils comprendront qu’il est préférable de ne pas prendre position aux côtés des terroristes », a déclaré le président turc qui a visé dans son discours le soutien des Américains aux combattants des Unités de Protection du Peuple () en Syrie.

Le 20 janvier, la Turquie a lancé une opération dans la province d’Afrin, dans le nord de la Syrie, baptisée « Rameau d’Olivier » pour éradiquer les terroristes des YPG de sa frontière sud.

Pas à pas vers une opération à Manjib

La Turquie se concentre sur une prochaine opération à après la libération entière d’Afrin, selon le gouvernement turc. Le président Recep Tayyip Erdoğan a appelé les à se retirer de Manbij pour éviter toute confrontation directe entre les deux pays, alliés au sein de l’OTAN. En revanche, Washington a déclaré qu’il n’avait pas l’intention de retirer ses soldats de la ville.

« Si vous nous frappez, nous riposterons durement, nous nous défendrons », a déclaré le lieutenant-général américain Paul Funk lors d’une visite à Manbij.

Non seulement les responsables américains ont été fermes sur leurs décisions mais ont aussi ils mis à jour leur budget du Département de la des États-Unis pour 2019 qui comprend des fonds pour former et équiper les forces locales des YPG en Syrie.

Le Pentagone a demandé 300 millions de dollars américains pour des activités syriennes de « formation et d’équipement » et 250 millions de dollars pour les besoins de sécurité frontalière, une décision contraire aux demandes d’ de cesser de soutenir et d’armer les terroristes locaux.

Le président Erdoğan a déclaré que le Pentagone avait alloué 550 millions de dollars aux YPG en 2019 en précisant qu’il pourrait augmenter jusqu’à 3 milliards de dollars : « La décision américaine de continuer à soutenir financièrement les milices des YPG affectera les futures décisions de la Turquie ».

« Il vaudra mieux pour eux de ne pas supporter les terroristes qu’ils soutiennent aujourd’hui, je m’adresse au peuple des États-Unis : cet argent sort du budget des États-Unis, il sort de la poche des gens », a averti le président turc.

Des attentes turques claires et nettes selon Ankara

Ankara discutera ouvertement de ces questions avec Tillerson et présentera toutes les réalités de la situation, a déclaré Erdoğan, soulignant que les YPG constituent une menace pour la sécurité nationale de la Turquie à travers sa frontière.

Ankara et Washington ont longtemps été en désaccord sur leurs intérêts divergents en Syrie. Cependant le soutien croissant de ces derniers à la milice des YPG, que les considèrent comme le partenaire local non seulement pour la lutte contre Daech mais aussi pour leurs plans à long terme dans le pays, ont provoqué des tensions dans les relations entre les deux alliés de l’OTAN.

Le mois dernier, les États-Unis ont annoncé qu’ils formeraient et établiraient une armée de sécurité frontalière avec les combattants locaux, soit les Forces démocratiques syriennes (FDS), principalement dominées par les YPG. Ankara a été irrité par cette déclaration puisque le gouvernement turc considère les YPG comme une organisation terroriste et une extension du groupe terroriste .

 « Nous discuterons de ces questions pendant la visite de Tillerson, et nos liens sont à un stade très critique », a déclaré lundi le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu. « Soit nous réparerons nos liens, soit ils seront complètement brisés », a ajouté le ministre.

Mardi, Çavuşoğlu a réitéré que la Turquie avait perdu sa confiance à l’égard de son allié de l’OTAN et a demandé que les demandes soient satisfaites si Washington voulait se rapprocher d’Ankara. Il a blâmé l’incohérence entre les actions du Département d’Etat et du Pentagone.

« Les États-Unis devraient cesser de fournir des armes aux YPG et devraient collecter les armes déjà livrées. Les combattants des YPG devraient se retirer de l’ouest de l’Euphrate », a-t-il dit.

Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères voulait que Washington prenne des mesures légales contre , le prédicateur exilé aux Etats-Unis derrière la tentative de coup d’Etat manquée du 15 juillet 2016.

Le conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump, H.R. McMaster, a rencontré le 11 février le porte-parole de la présidence, İbrahim Kalın, dans le but d’apaiser les tensions bilatérales avant la rencontre. Dans le cadre de sa tentative de rapprochement avec la Turquie, le secrétaire d’État Tillerson rencontrera les dirigeants turcs à Ankara les 15 et 16 février.

«  Washington a proposé à Ankara une zone de sécurité à l’ouest de l’Euphrate qui sera établie par la Turquie, mais leur a demandé de ne pas entrer dans le centre-ville d’Afrin », a écrit mardi Abdulkadir Selvi, journaliste du quotidien Hürriyet.

« Les Etats-Unis, pour leur part, évacueront la ville d’Afrin des YPG, et la proposition comprend également la création d’un conseil municipal avec des groupes locaux à Afrin, comme ils l’ont fait dans la ville de Manbij », a ajouté Selvi.

Ankara considère la proposition américaine comme une tentative de protéger les YPG et d’empêcher l’opération militaire de la Turquie à Afrin.

« Les États-Unis doivent présenter des propositions persuasives sur Afrin et Manbij pour être prises au sérieux par Ankara », a déclaré Selvi, se référant aux réunions clés de Tillerson à Ankara cette semaine.

Pour finir, l’offensive turque vise à prouver aux terroristes et puissances hostiles à la Turquie la puissance militaire du pays par l’installation des soldats, matériels en quantité et en qualité et la défaite militaire des groupes adverses. La Turquie est plus que déterminée à éliminer le terrorisme qui menace son unité territoriale. 

Néanmoins, la position américaine est extrêmement floue sur la question. Sont-ils prêts à lâcher leur allié turc ou rétabliront-ils les liens avec ce dernier ? Les initiatives ambiguës entreprises par les États-Unis sont en totale contradiction avec les attentes de la Turquie.

La Turquie s’enflamme devant les révélations américaines et s’endurcit de plus en plus face aux nouveaux projets de Washington. La rencontre entre Erdoğan, Çavuşoğlu et Tillerson dès jeudi sera l’étape ultime qui définira la continuité ou non des relations bilatérales entre les deux alliés de l’OTAN.

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