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Turquie : quand la diaspora turque se mobilise pour les élections municipales

OPINION - Le rôle économique des centaines de milliers de travailleurs turcs en Europe dans le développement de leur pays d’origine n’est plus à prouver. Dans certains cas, l’investissement pour le pays déborde sur la sphère politique. Focus sur les élections municipales à Saraykent, dans la province de Yozgat.

Par David Bizet


La vitalité de la démocratie en dans les villages reculés

Le vendredi est un jour animé à , petite bourgade de 5800 âmes, située à une soixantaine de kilomètres à l’est de Yozgat. Et pour cause, c’est le jour de la grande prière et également le jour de marché. Mais ce qui met l’ambiance aujourd’hui au village, c’est le dernier jour de la campagne des municipales. Il n’y a beau avoir que 4 000 inscrits sur les listes électorales, il y aura 4 meetings aujourd’hui dans les rues de , un pour chacun des partis en lice.

Contrairement à ce qui est narré en Occident, il y a une vraie vie démocratique en Turquie. Malgré la réforme des municipalités qui incorporent les villages dans les communautés d’agglomérations appelées en « Büyükşehir Belediyesi », de sorte que ceux-ci n’élisent plus un maire mais un simple conseiller municipal, malgré le climat tendu de l’actualité, et malgré les alliances politiques entre les grands partis, les élections sont un enjeu dans tous les villages turcs.

Fief historique de la droite nationaliste incarnée par le MHP, Saraykent s’est tourné à plusieurs reprises vers l’ lors des dernières échéances municipales. Il convient de souligner que la région est très conservatrice, qu’elle a fourni et continue de fournir de nombreux hommes d’État au parti du President Erdoğan. L’alliance entre le MHP et l’ ne se ressent d’ailleurs pas ici comme une tension. On pourrait presque aller jusqu’à dire que Saraykent n’est qu’un village comme un autre durant cette campagne électorale.

La diaspora, élément décisif

Ce qui fait la particularité de Saraykent, c’est l’engouement de sa diaspora dans ces . Saraykent est un de ces nombreux villages anatoliens dont la jeunesse est partie travailler en dans les années 1970, les fameux « gurbetçi ».

Depuis plusieurs années, ils seraient entre 400 et 500 « gurbetçi » du village à avoir effectué les démarches pour pouvoir voter en Turquie ainsi que le déplacement. Principalement issus du monde de l’entrepreneuriat, ces chefs d’entreprises font partie de la génération qui a redonné vie aux villages turcs frappés par l’exode rural et l’attractivité des grandes villes. Pour eux, l’amour du pays ne se limite pas aux vacances d’été : construction de bâtiments, de routes, de commerces, aménagements de terrains… leurs billes ont été placées au village, et on sent que cela a été bénéfique. D’autres villages des environs n’ont pas eu le même soutien. Résultat, ils se sont vidés et Saraykent s’est développé.

Dans l’arrière-cours d’un restaurant, nous retrouvons cette diaspora engagée le temps d’un « kahvaltı », ces fameux petits-déjeuners turcs qui n’ont de petit que le nom. Ils viennent d’Autriche, d’ mais surtout de . « Tous les quatre ans, puis tous les cinq ans depuis la réforme, on se retrouve et on travaille pour les élections», me confie l’un d’eux. Ce travail pour l’intérêt du village transcende l’appartenance de chacun à leurs partis respectifs. « Moi je suis du MHP», me lance l’un d’eux en faisant le signe de ralliement des loups gris, « lui c’est un Erbakancı », dit un autre en pointant un ancien du Refah Partisi, « normalement on est toujours avec l’AKP, mais là les municipales c’est une histoire d’homme, pas de parti », tempère un autre.

Cette année ils soutiendront donc tous le , parti fondé par le défunt Muhsin Yazıcıoğlu et son candidat local Ahmet Köroğlu. Ils s’estiment déçus du maire sortant AKP Ahmet Öcal qu’ils avaient pourtant aidé à se mettre en place. «Les candidats que l’on a soutenu sont toujours ceux qui ont gagné», se vante l’un des entrepreneurs. Leur militantisme s’est transformé en un véritable lobbying.

Ainsi, en marge d’une visite officielle de l’ancien vice-premier ministre Bekir Bozdağ à , par ailleurs originaire de la région de Yozgat, ils n’ont pas hésité à lui expliquer les dysfonctionnements et à demander l’investiture de l’AKP à leur favori Ahmet Köroğlu. L’AKP ayant décliné leur proposition, ils en ont fait le candidat du BBP, parti qui figure d’ailleurs dans la coalition gouvernementale. Invités pas un ancien maire qu’ils avaient là encore aidé à prendre le pouvoir, ils lui ont reproché de ne pas soutenir leur initiative, avant de retourner démarcher les grandes familles locales.

Le scrutin à Saraykent s’avère serré, la diaspora aura quand même réussi à mobiliser deux députés de l’AKP, le vice-président Fuat Oktay, l’ancien vice-premier ministre Bekir Bozdağ qui ont tous fait leur discours à Saraykent, petite bourgade devenue un véritable enjeu politique pour l’AKP.

Résultat dimanche à 18:00, heure turque bien sûr.

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