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Les Turcs de Chypre célèbrent leur indépendance

ANALYSE - Comme chaque année au 15 novembre, les habitants de la partie nord de l’île de Chypre fêtent la proclamation de leur Etat et leur délivrance par l’armée nationale turque. 

Par David Bizet


Un Etat qui vit le jour dans la douleur

Jadis province ottomane, l’île de Chypre est aujourd’hui partagée en deux Etats dotés chacun de leur constitutions et institutions, mais seule la partie Sud, majoritairement peuplée de colons grecs, est reconnue par la communauté internationale.

Il faut dire que Chypre, en turc Kıbrıs, a une histoire longue. Tour à tour perse, macédonienne, égyptienne, puis romaine durant l’Antiquité, celle qui est également surnommée île d’Aphrodite est source de convoitises depuis ces temps reculés.

Durant la période médiévale, les Arabes et les Byzantins se la disputent, elle entre également dans le collimateur des Croisés qui y établissent un Royaume. Les Ottomans la reprennent aux Vénitiens en 1570 durant le règne de Sélim II, dans le cadre du quatrième conflit armé entre les deux puissances européennes.  Depuis les années 1570, cohabitent sur l’île des chypriotes dits grecs et d’autres dits turcs.

Mais c’est la colonisation britannique opérée après le premier conflit mondial qui a laissé des traces indélébiles, divisant les chypriotes turcs et grecs qui vivaient en paix et en harmonie jusque-là. Celle-ci engendra un sentiment nationaliste incarné par le mouvement EOKA, lequel luttait officiellement pour l’ de Chypre mais qui dans les faits était fervent adhérent de l’Enosis, mouvement politique dont le but était le rattachement de l’île à la .

Le 19 aout 1960, Chypre accède à son indépendance, mais les de son président-archevêque Makarios III menées à partir de 1963 plongent le pays dans le chaos. Au mois de décembre eut lieu la « semaine noire » dans laquelle plus d’une centaine de chypriotes turcs sont massacrés.

L’année suivante, des milices nationalistes grecques commettent un réel nettoyage ethnique dans la région de Kokkina. Ces violences provoquent des migrations de masse, et plusieurs dizaines de milliers de chypriotes turcs trouvent refuge au Nord de l’île. L’armée grecque stationne dans la région et fournit en équipements mais également en hommes les milices grecques qui déciment la région. L’ONU est obligée d’intervenir pour stopper le massacre.

En 1967, un coup d’Etat en Grèce aboutit à une dictature militaire, la dictature des Colonels. Ce coup de force du nouveau régime par ailleurs nationaliste provoque d’une part l’exode de nombreux citoyens grecs qui lui sont hostiles fuyant la Grèce pour coloniser Chypre, et d’autre part le regain du nationalisme grec. Un groupuscule paramilitaire, l’EOKA B, soutenu par la junte grecque, perpètre le 1974 un coup d’Etat.

Devant les craintes de nouveaux massacres contre la minorité turque, le Premier ministre turc Bülent Ecevit part négocier l’éventualité d’une intervention armée, et c’est son vice-premier ministre qui durant son absence déclenche l’opération Attila le 20 juillet. Le Nord de l’île est libéré par l’armée turque et Ecevit accepte un cessez-le-feu. Après neuf ans de refus de la partie grecque pour faire évoluer la situation, le leader chypriote turc Rauf Denktaş décide de proclamer l’indépendance de la partie nord de l’île le 15 novembre 1983.

Un Etat injustement non reconnu

Toutes les nations du monde occidental condamnèrent la Turquie qui fut accusée « d’envahir » Chypre alors qu’elle ne fit que défendre la population minoritaire turque. Bien entendu, lorsque c’est l’armée grecque qui installait des bases pour participer au nettoyage ethnique, ce n’était pas une invasion, même pas une ingérence. Les envahisseurs sont toujours les méchants turcs qui auraient dû se faire massacrer en disant « merci », et les Grecs, de gentils démocrates auxquels il faut apporter un soutien militaire, politique et économique.

En cela, la République Turque de Chypre du Nord n’est reconnue que par deux Etats dans le monde : la Turquie et l’, le reste du monde préférant se calquer sur la doxa droit-de-l’hommiste dominante et refuser aux leur droit de vivre en paix sur la terre de leurs ancêtres. Ce boycott politique qui n’est pas sans rappeler celui de l’Etat de est accompagné d’un embargo économique, et c’est aujourd’hui la Turquie qui veille à l’indépendance de ce territoire historiquement turc.

Toutes les tentatives de réunion de l’île, désormais séparée en deux par une ligne verte, ont échoué. La dernière en date est le refus des Grecs d’adopter le plan Annan, alors que la communauté turque aspirant à la paix l’avait plébiscité (75% de vote « non » pour les Grecs, 64% de vote « oui » pour les Turcs).

Vous l’aurez compris, ce sont les nationalistes chypriotes grecs qui ont voulu le rattachement à la Grèce, qui ont commencé à génocider leurs compatriotes turcs, qui ont refusé le plan de résolution de l’ONU, mais c’est la partie turque qui paie les pots cassés, qui doit vivre sous embargo et ne pas être reconnue par la communauté internationale !

Face à cette injustice évidente, les citoyens éclairés de par le monde et les Etats doivent se montrer solidaires d’un Etat opprimé auquel on refuse le droit à la paix.

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