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Tensions Iran-USA : Et la Turquie dans tout ça ?

ANALYSE - Après le meurtre du puissant général iranien Qassem Soleimani, beaucoup s’interrogent si la Turquie va s’allier ou non avec l’Iran ou les Etats-Unis. La réponse à cette question déterminera certainement le sort de toute une région.

Par Öznur Küçüker Sirene


Les responsables à étaient inquiets au petit matin du 3 janvier, après qu’une frappe américaine près de l’aéroport de Bagdad a tué le puissant général iranien Qasem Soleimani. Pourtant, ils ont opté pour le silence pendant une dizaine d’heures après la frappe meurtrière.

Le porte-parole présidentiel İbrahim Kalın a appelé « toutes les parties à rester calmes et à éviter les mesures qui alimenteront les tensions ». Les réactions d’Ankara suggèrent que des outils diplomatiques seront privilégiés après le meurtre de Soleimani.

Un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères a noté que « la Turquie a toujours été opposée à l’intervention étrangère, aux assassinats et aux conflits sectaires dans la région ».
Cette déclaration plutôt neutre a été publiée 10 heures après le meurtre.

Pourquoi cette prudence ?

Car les relations de la Turquie avec l’ -en particulier sa perception du général iranien Soleimani- mais aussi ses liens avec les Etats-Unis sont complexes.

Tant alliés que rivaux pendant de longs siècles, la Turquie et l’Iran sont deux pays voisins dont la frontière qui les sépare n’a pas bougé depuis la signature du traité de Qasr-e Chirin (Kasr-ı Şirin en turc) le 17 mai 1639.

En ce qui concerne les relations turco-américaines, elles sont marquées par des hauts et des bas à travers l’histoire. Si les deux alliés au sein de l’OTAN collaborent dans de nombreux domaines, l’histoire récente des deux pays est plutôt bouleversée par de nombreuses crises et tensions telles que l’emprisonnement puis la libération du en Turquie, l’achat des russes par la Turquie, la suspension de la participation de la Turquie au programme des F-35 ou encore la reconnaissance du soi-disant « génocide arménien » par le Congrès américain.

Alliances mais aussi rivalités dans différentes régions du monde

A l’heure actuelle, la Turquie a des intérêts tant convergents que divergents avec ces deux pays dans différentes régions du monde.

Premièrement, depuis le début de la crise entre le Qatar et le Conseil de coopération du Golfe, Ankara s’est ouvertement opposé à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis qui accusaient le Qatar de « proximité avec l’Iran » comme s’il cautionnait l’Iran sur les questions régionales.

Or, dans une autre région du monde, lorsqu’on évalue les relations entre Damas et Téhéran, la Turquie devrait plutôt se ranger du côté de Washington, car il a tué un partisan éminent de Bachar al-Assad, que la Turquie considère comme un ennemi. Il faut, en revanche, prendre en compte le rôle de la Russie en Syrie et du récent rapprochement entre Ankara et Moscou. « En Syrie, Assad est notre ennemi, mais la Russie est l’ami et l’allié d’Assad, et l’Iran est l’allié de la Russie ». Dans un tel contexte, la Turquie ferait mieux de soutenir l’Iran.

Mais la Libye est également une variable dans le calcul car le gouvernement turc prévoit d’envoyer des troupes au gouvernement reconnu par l’ à Tripoli, qui se bat contre le général Khalifa .

Néanmoins, les Etats-Unis, alliés de la Turquie au sein de l’OTAN ainsi que la Russie et l’Iran, avec lesquels la Turquie coopère en Syrie, soutiennent Haftar en Libye. Compte tenu de la situation en Libye, il est donc difficile de trancher quel camp la Turquie devrait soutenir.

Une situation similaire est également valable en Méditerranée orientale, où les États-Unis se rangent du côté de la Grèce et de Chypre contre les prétentions de la Turquie sur les ressources en hydrocarbures, tandis que la Russie et l’Iran sont également hostiles aux plans turcs.

Quant au général Soleimani, c’est un personnage plutôt controversé qui divise les responsables turcs. D’un côté, il a joué un rôle important dans la défaite de Daech, sachant qu’Ankara et Washington se battent également contre ce groupe terroriste. Mais d’un autre côté, si Soleimani ressent une profonde aversion pour Israël et les Etats-Unis -un point commun avec les anti-impéralistes américains en Turquie-, il est aussi directement responsable de nombreux crimes contre les Sunnites, en étant animé par une foi inébranlable en la guerre sainte chiite et une forte détermination à vaincre.

Pressions des deux côtés sur la Turquie

Au vu de ces développements régionaux, s’il est clair que la Turquie souhaitera opter pour la « neutralité » sans se mêler directement de ce conflit entre les Etats-Unis et l’Iran, il serait naïf de penser que les deux pays ne feront rien pour attirer Turquie dans leur camp. Non seulement Téhéran, mais aussi Washington tentera de faire pression sur Ankara pour l’inviter à choisir son camp.

Selon une information du média russe Sputnik, dans un entretien téléphonique, le président iranien Hassan Rohani aurait appelé Recep Tayyip Erdogan à conjuguer les efforts de leurs pays pour faire face aux États-Unis.

Dans le camp des Américains, la situation n’est pas différente. L’appel téléphonique de avec le président turc la veille de l’attaque est présenté comme une consultation avec Ankara, bien qu’il n’y ait aucune preuve crédible pour étayer une telle affirmation. Par ailleurs, vu le récent rapprochement entre le président américain Donald et le président turc Recep Tayyip Erdoğan lors de l’opération de la Turquie en Syrie, il est évident que Trump fera tout son possible pour pousser la Turquie à s’allier avec lui contre l’Iran.

Pour l’instant, la Turquie continue à adopter un ton diplomatique prudent et constructif pour l’instauration de la stabilité dans la région. Dans les jours et mois à venir, elle devra jouer à l’équilibriste au cœur d’un jeu d’échecs complexe si elle souhaite en sortir sans dégât voire avec des gains pour s’imposer comme la plus grande puissance régionale.

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