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Du Sarrazin au Bicot, un millénaire d’arabophobie

OPINION - Le climat d’islamophobie ambiant doit nous conduire à nous interroger sur la nature profonde de celle-ci. Etant des enfants de notre siècle, nous ne devons pas oublier que le mépris des Musulmans, des Arabes en particulier, trouve sa source loin dans l’histoire, et qu’il faut le comprendre comme étant comme un ricochet historique. Alors la France, pays islamophobe ou arabophobe ?

Par David Bizet


Question pertinente quand force est de constater que le communautarisme des Tchétchènes, des Albanais, des Turcs, ou des Maliens ne dérange pas plus que ça les tenants de l’islamophobie. En effet, ce qui dérange les identitaires, c’est le communautarisme des , et leur visibilité et l’expression de leur sont qu’ils pensent être une menace pour leur identité. Eux-mêmes l’avouent, le communautarisme des autres ne les dérange pas, et lors d’un débat entre figures de l’extrême-droite du web, Daniel Conversano exultait devant un Alain Soral dubitatif « on en a marre des  ! ».

Difficile de déterminer de manière exacte d’où provient cette arabophobie. On sait qu’elle débute très tôt dans l’, au VIIIe siècle pour être précis. On retrouve chez les chroniqueurs de cette époque, comme Frédégaire par exemple, la description d’un peuple païen, les fameux « Sarrasins », qui pillent et massacrent tout sur leur passage. Bien qu’avec du recul, ces chroniques s’avèrent autant crédibles que les sites fdesouche.fr ou qu’une campagne de Jérome Cahuzac, c’est sur leur base que s’est ancrée l’idée d’une civilisation sarrasine barbare, destructrice et arriérée.

Il faut signaler ici que le terme « Sarrasins » ne désigne pas, comme certains pourraient le penser, la totalité des populations maghrébines, mais plutôt les musulmans. Ainsi, à l’époque romaine, les Maghrébins qui étaient dans les rangs romains étaient appelés « les Maures », leur région d’origine étant nommée à cette époque Mauretania. De nombreuses études ont montré que la toponymie de certains endroits est inspirée de leur passage.

Par exemple, dans les Pyrénées-Orientales, le Château des Maures (une ruine du Ve siècle) n’a pas été construit par les Musulmans après la Conquête d’al-Andalus, mais par une garnison romaine dont les troupes provenaient de Maurétanie. Si à partir d’une certaine époque, le terme « maure » est employé pour désigner les Arabo-Berbères, il n’en demeure pas moins le caractère exclusif de l’emploi de « sarrasin ». Ainsi, lorsque Pierre dit le Vénérable traduit pour la première fois en Occident le en latin au XIIe siècle, il nomme l’ouvrage « lex sarracenum », la Loi des Sarrasins.

Au XIe siècle, lorsque les Croisés se rendent en Terre Sainte (pour apporter la civilisation et la libérer, hein), les chroniqueurs rapportent que les « païens » sarrasins adorent un dieu qui s’appelle Baphomet, rien que ça. D’ailleurs, c’est à travers leur plume qu’on retrouve pour la première fois la mention du nom de Baphomet, icône du diable en personne dont les Templiers seront accusés de se vouer au culte. Les médiévistes conclurent que les Francs étaient tellement ignorants et incapables de prononcer le nom du Prophète de l’Islam, qu’ils en avaient inventé ce nom d’idole, et colportant dans toute la chrétienté que les Sarrasins la vénéraient dans des temples dédiés.

Au XIIe siècle eut lieu le miracle intellectuel de la Renaissance (du XIIe siècle), lorsque les milieux savants d’Italie du Sud et d’Espagne reconquise mirent la main sur des centaines d’ouvrages scientifiques de musulmans et les traduisirent. Ce fut une révolution qui permit à une nouvelle institution de se développer en occidentale : l’Université. On y enseignait les mathématiques des Arabes, la médecine des Arabes, mais attention, il y avait une frontière à ne pas dépasser, celle de la philosophie. Compter comme un Arabe, ok, se soigner comme un Arabe, ok, mais penser comme un Arabe, alors-là non !

C’est ainsi qu’au XIIIe siècle, quand un courant se définit comme étant « averroïste », c’est-à-dire partisan d’Ibn Ruchd, notamment dans son appréciation de la philosophie d’Aristote, il fut tout bonnement interdit. Et par deux fois. La première en 1270, la seconde en 1277. C’est que les petits malins étaient parvenus à diffuser leurs thèses à La Sorbonne. Vous vous rendez-compte ? Le péril de la Nation. Plus sérieusement, les « Averroïstes » n’avaient rien d’Ibn Ruchd, ils s’étaient instruits à partir d’une mauvaise traduction latine et s’étaient fait leur propre idée en totale opposition du personnage, mais le fait est que cette appropriation déplut au point de l’interdire. L’Occident préféra Thomas d’Aquin comme mufassir préféré d’Aristote.

Durant la période moderne, l’ennemi changea de nom. Ce n’étaient plus « les Sarrasins » qui menaçaient l’intégrité (?) de l’Occident mais « les Turcs ». Il faut dire qu’ils étaient parvenus à prendre Constantinople, la capitale de l’Europe, et qu’ils avaient mis un terme à l’Empire Romain millénaire. A cette époque, tout ce qui combat les puissances européennes est turc. Les corsaires albanais qui reprennent Alger ? Des Turcs. Des navigateurs algériens à Toulon ? Des Turcs. Des Tatares et des Moldaves en expédition en Autriche ? Des Turcs. Tout est turc, ou presque.

L’orientalisme naissant aux XV-XVIe siècles avait su faire la différence entre les Turcs et les Maures en Afrique du Nord, là où les Ottomans avaient disposé des « régences ». Si les rapports entre locaux et Anatoliens sont parfois houleux, donnant l’expression « négocier de Turc à Maure », la France garde en mémoire le Maghreb ottoman, Alger en tête, seule puissance militaire capable de freiner l’expansionnisme économique européen en Méditerranée et mettre en esclavage tout Européen qui s’y refuse.

Pour l’Occidental de l’époque moderne, quoi de plus normal que de piller et de réduire en esclavage des Noirs, des Asiatiques, des Indiens, n’étaient-ce pas là, de leur point de vue, des races inférieures incapables de dominer ? Imaginez leur effroi, à l’heure où les puissances européennes dépouillaient l’Afrique de sa population pour en faire une main-d’œuvre bon marché qui allait construire l’Amérique, où elles esclavageaient tout territoire conquis dans le cadre de ce premier mondialisme, les Maghrébins de Salé à Tripoli pratiquaient la traite des Blanches et rendaient impraticables les routes maritimes sauf paiement de lourd tribut.

On estime qu’entre le XVe et le XVIIIe siècle, un million d’Européens (et d’Européennes) sont passé(e)s dans leurs geôles.

Un affront pour l’Europe, qui mena une série de guerres impitoyables contre les puissances barbaresques au Maghreb, notamment la cité en avant-poste de cette aventure : Alger.

Peu le savent, mais entre la France et l’Algérie, il n’y a pas eu une guerre, mais cinq. La première en 1664 à Jijel. Un échec pour la France. La seconde entre 1681 et 1688, toujours sous Louis XIV. La troisième en 1815, lorsqu’une internationale décide de bombarder Alger en représailles de la course effectuée durant les guerres napoléoniennes, la quatrième en 1830, guerre d’invasion qui perdura jusqu’en 1848, et enfin la dernière entre 1954 et 1962, la guerre de Libération.

Bien évidemment, l’eau est passée sous les ponts, les deux peuples ont pris de la hauteur, mais il subsiste dans certains milieux l’idée que les descendants des Sarrasins, alliés des Turcs preneurs de Constantinople, sont en de coloniser la France, le fameux mythe du Grand Remplacement.

Le leurre de l’intégration

Appelés en renfort pour reconstruire la France et servir de main d’œuvre bon-marché, plusieurs centaines de milliers de Maghrébins se sont donc installés dans l’Hexagone. Dans certains milieux, les entasser dans les banlieues (littéralement : le lieu des bannis) était une aubaine. Mais s’est posée la question de leur intégration. Le site de l’INA regorge de vidéos des années 1980 où on interroge les « Beurs » sur leur intégration, avec les mêmes questions encore d’actualité aujourd’hui « tu vas porter le voile comme ta mère ? », « tu épouserais un Français ? ».

Cette « intégration » allant dans le sens d’un détachement de l’Islam et de ses valeurs éclata au grand jour avec une affaire, celles des collégiennes voilées de Creil en 1989 : l’intégration des filles arabes est de ne pas porter le voile. Reprenant le fantasme orientaliste de la mauresque à libérer de son harem, la bien-pensance compte émanciper la fille arabe de sa culture : de la mauresque à la beurette, il faut qu’elle soit soumise par l’assimilation, qu’elle rejette les coutumes de ses ancêtres, qu’elle affirme sa francité, qu’elle se dévoile, qu’elle soit visible et accessible. Le Maghrébin doit se soumettre, auquel cas il n’est « pas intégré ».

Hassan II avait bien compris ce leurre de l’intégration qui dissimule en réalité la volonté d’assimiler une population entière. Lui qui a été éduqué dans les plus grandes institutions françaises, dit dans une entrevue télévisée restée célèbre : « Quand on les appelle les Beurs, je n’oublie pas qu’on m’insultait de sale bicot ». Une pareille analogie est faisable avec le terme « Français de la diversité ». Au fond, ceux qui ont pondu ce terme veulent vous signifier que vous ne serez jamais vraiment français, mais français de quelque chose. Bien sûr, les Polonais, les Italiens, les Blancs quoi, ne sont pas concernés par ce quelque chose. Il s’applique exclusivement aux Noirs, aux Arabes, voire aux Asiatiques. Hassan II le disait dans ce même discours : « Même s’ils veulent s’intégrer, vous n’en voudriez pas ».

Un tiers de siècle plus tard, l’histoire a donné raison à Hassan II : une grande partie des populations d’origine maghrébine ne parlent pas plus leur langue d’origine, cela ne les empêche pas d’être exclus des cercles de pouvoir et d’actions politiques ou économiques, et quand ils y rentrent c’est après avoir été rabaissé et/ou renié ce qu’ils étaient.

Ceux qui résistent, affirmant leur attachement à leur culture et leur religion, sont taxés de « communautaristes ». Leurs épouses, mauresques qui refusent de dévoiler, « menacent » la République : on les interdit d’aller à l’école comme elles le souhaitent, quand elles veulent faire des études on les y enferme, et même quand elles veulent faire du sport, cela fait polémique !

Ô les descendants de Sarrasins, les bougnoules d’hier et Français de la diversité d’aujourd’hui, ne tombez pas dans le piège de l’assimilation, vous vous y perdriez !

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