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Une réconciliation nécessaire entre Turcs et Arméniens plus d’un siècle après les événements de 1915

OPINION - Aujourd’hui c’est le 103e anniversaire d’une terrible tragédie dans l’histoire de la Turquie : celui des événements de 1915 où des millions d’Arméniens mais aussi de Turcs ont disparu dans le terrible contexte de la Première Guerre mondiale. Mais si une réconciliation ainsi qu’un véritable et sincère dialogue sans intervention des puissances étrangères, étaient encore possibles entre ces deux peuples ayant partagé des siècles d’histoire ?

Par Öznur Küçüker Sirene


Même si nombre de pays au monde essaient de véhiculer une image de « Turcs barbares » ne ressentant aucune empathie avec les petits-enfants des Arméniens ottomans ayant perdu la vie dans ces événements tragiques, la réalité est tout autre :  ce déchirement des populations, cette plaie profonde qui a divisé Turcs et Arméniens depuis maintenant plus d’un siècle pèsent lourd sur le cœur de n’importe quel citoyen de la Turquie moderne.

Les précieuses contributions des Arméniens au rayonnement de l’Empire  

L’histoire des Arméniens dans l’ débute sous le règne du sultan Selim II au XVIe siècle. Les territoires de l’ensemble de l’ ayant tout d’abord été conquis par les Turcs seldjoukides sont passés sous le contrôle des Ottomans des siècles plus tard.  Avec une population avoisinant les 2 millions au début du XXe selon de nombreuses estimations, les Arméniens de confession chrétienne vivaient majoritairement dans l’Anatolie orientale. Sous l’Empire ottoman, ils avaient le statut de « dhimmis » (« protégés ») et constituaient une nation reconnue par le Sultan. 

Arméniennes de l’Empire ottoman en tenues traditionnelles

Cependant, les Arméniens ottomans ont subi, à travers l’histoire, les conséquences de l’affaiblissement d’un Empire multiethnique devant les changements géopolitiques constants d’un monde où les premières idées de nationalisme ont commencé à germer. Face aux alliances qui se créaient en vue d’un partage de vastes territoires ottomans, les sultans devaient s’adapter aux conditions du monde moderne à travers des programmes de réformes tout en essayant de protéger leurs territoires contre les menaces.

Jusqu’au moment de la tragédie en 1915, les Arméniens étaient connus pour leur loyauté aux sultans mais aussi l’importance de leurs services rendus à l’Empire tant dans vie législative que dans la musique, les arts, le commerce, ainsi que des aspects sociaux aussi importants que le journalisme et l’enseignement.

La magnifique mosquée d’Ortaköy
Garabet Amira Balyan

Les exemples sont nombreux mais pour en citer quelques-uns, on peut mentionner la famille Balyan, composée des architectes des sultans durant quatre générations – Garabet Amira Balyan étant l’artisan de l’édification du nouveau Palais Çırağan et de la mosquée d’Ortaköy en collaboration avec son fils Nigoğos Balyan- ; la famille Dadian ayant joué un rôle primordial dans les efforts d’industrialisation de l’État et dans la création, autour de la capitale et en Asie Mineure, des premières manufactures impériales de poudre, armes, papiers, soie, coton et fonte ou encore la famille Manas qui a fourni des portraitistes impériaux avec certains qui étaient secrétaires en chef à l’ambassade ottomane à Paris et certains autres qui étaient des compositeurs de musique -même si peu de personnes le savent, Edgar Manas est connu pour être l’un des compositeurs de l’hymne national turc-.

Musiciens arméniens de l’Empire ottoman

Dans la Turquie de nos jours, l’héritage des Arméniens ottomans est encore omniprésent dans toutes les sphères de la vie socio-économique et culturel. Pourtant les œuvres majestueuses de cette belle période de coexistence pacifique laissent progressivement leur place à une histoire de rancœur et de haine entre deux peuples qui se ressemblent tant mais qui ne se comprennent plus.

L’instrumentalisation de la « question arménienne » par les puissances étrangères

Les descendants d’une partie des Arméniens ottomans ayant fui à l’étranger après les ont grandi avec les histoires qui leur ont été transmises par leurs grands-parents. Ils ont grandi, à tort ou à raison, avec le sentiment d’une haine viscérale contre la Turquie et les Turcs, à qui ils ont fait endosser toute la responsabilité de leurs histoires tragiques.

En créant un « lobby » puissant dans les différents pays étrangers avec des membres de leur communauté, occupant des postes clés dans les sphères , médiatique et économique, ils n’avaient qu’un seul objectif :  faire pression aux responsables politiques pour une reconnaissance internationale du « génocide arménien » non reconnu par le gouvernement turc.

Le Conseil constitutionnel a censuré la loi sur le génocide arménien‎ en en estimant que le législateur a porté une « atteinte inconstitutionnelle à l’exercice de la liberté d’expression et de communication »

Ainsi « la question arménienne » est devenue un outil de chantage politique contre la Turquie. Plutôt qu’un sincère traitement de la question, les responsables politiques étrangers ont préféré l’instrumentaliser que ce soit pour déstabiliser la Turquie dans leurs relations bilatérales en exploitant un point faible de son histoire que pour gagner les votes d’un lobby ayant la puissance médiatique et politique. Devant des communautés d’origine turque à l’étranger, n’ayant pas autant d’ancienneté que la communauté arménienne et n’occupant pas encore suffisamment de postes clés dans ces pays, les responsables politiques n’ont jamais pris en considération les opinions de la partie turque dans le traitement des événements de 1915.

Exemple de film biaisé sur les événements de 1915
La littérature est riche sur la question mais souvent unilatérale et incomplète

Le traitement unilatéral de la question avec le refus de la proposition du gouvernement turc de créer une commission conjointe d’historiens de Turquie et d’Arménie en plus des experts internationaux pour s’attaquer au problème n’ont fait qu’agrandir le gouffre qui sépare Turcs et Arméniens.

La propagande arménienne à travers des films, des livres et divers moyens de diabolisation de la Turquie ont attisé chez les Turcs le sentiment de méfiance notamment à l’égard de la diaspora arménienne à travers le monde.

Une fois Turcs et Arméniens divisés, les pays étrangers ont préféré exploiter cette tragédie pour leurs visées électoralistes et leurs ambitions politiques contre la Turquie.

Les clés d’une réconciliation et d’une compréhension mutuelles

Il convient tout d’abord de rappeler qu’une question qui concerne deux pays ne pourra jamais être résolue par d’autres pays qui ne sont pas directement concernés par cette question. La « pression internationale » ne fera qu’augmenter la méfiance et la haine et empêchera toute volonté sincère d’établir un dialogue constructif.

Deuxièmement, l’analyse d’un « fait historique » par le biais de documents et archives ne revient qu’aux historiens et non aux hommes politiques, d’où pourquoi faire passer des lois, censurer l’expression de diverses opinions sur la question avant même que les historiens ne tranchent sur la question est aussi absurde qu’inutile.

Les reconnaissent le « génocide arménien » comme par hasard dans un moment de tension politique avec la Turquie

Si les responsables étrangers se sentent véritablement préoccupés par l’établissement de la justice sur cette question, ils ne doivent qu’encourager la création d’une commission mixte d’historiens qui seront les seuls aptes à nous éclairer sur les réalités des faits sans oublier non plus le volet « juridique » de la question.

En attendant, toute pression, menace, chantage ou autre tentative de diaboliser ou faire culpabiliser la Turquie et les Turcs au sujet d’une question aussi complexe que sensible ne ferait qu’éloigner encore et toujours les Turcs des Arméniens.

Il est clair comme le jour que si un jour les Turcs et les Arméniens veulent faire la paix, ils doivent faire un pas les uns envers les autres, en écoutant sincèrement leurs histoires, souffrances, tragédies, ceux qui leur pèsent véritablement sur le cœur, sans influence externe et ce, dans une approche « constructive », sans jugement et sans diabolisation.

Il appartient aux jeunes générations de rapprocher deux peuples qui ont composé une nation multiethnique durant plusieurs siècles en laissant derrière eux des œuvres uniques gagnant encore aujourd’hui l’admiration et le respect des peuples du monde entier.

Car si la haine ne résout rien, la fraternité et le dialogue sont les seuls remèdes à toutes les plaies, même les plus profondes et qui paraissent les plus inguérissables…

La nouvelle génération est capable de réécrire une nouvelle histoire de paix

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