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Le pouvoir de la sémantique (ou comment on se moque de nous)

OPINION - Moratoire et Tariq Ramadan. Ostentatoire et voile islamique. Terrorisme et Islam. A chaque jour que Dieu fait, on ne peut que constater l’effet des mots sur le subconscient des gens. Ces mots, utilisés à bon ou mauvais escients, provoquent en soi une imprégnation limbique et sont associés de manière indéfectible à un personnage, une idée, une ethnie.

Par Cihan Bircan


La  est une branche de la linguistique qui étudie les signifiés, ce dont on parle, ce que l’on veut énoncer selon Wikipédia. Pour le Larousse, la , qui était à l’origine une analyse du sens au niveau du mot, se situe désormais au niveau de la phrase, voire du discours.

Ainsi, le détournement s’opère de plus belle. A ce titre, laissez-nous vous livrer quelques exemples afin que vous puissiez comprendre l’étendue de la problématique.

Car au delà des termes utilisés, ce sont les intentions qui comptent. Car le mot, la plume sont bien plus marquants dans les esprits que n’importe quelle épée glissée dans le lard. Le mot a un pouvoir subversif d’une rareté inégalée. Le mot, la prose, représentent ainsi la meilleure arme de l’intellectuel lambda, pourvu qu’il soit lu et sanctifié par ses groupies.

Les exemples qui foulent nos contrées sont légion. La synecdoque en peut être représentée par le terme « Antisémitisme ». Ce terme, qu’on assimile actuellement au rejet de la communauté juive, est le parfait exemple du détournement sémantique. Même le dictionnaire de l’application Pages de mon Macbook le définit comme « une hostilité à l’égard des Juifs », c’est dire l’étendue de la problématique.

Or, le terme antisémitisme se veut être, par définition, « une hostilité à l’égard des peuples sémites. »

Le mot sémite est forgé à partir du personnage biblique Sem, un des fils de Noé et ancêtre d’Abraham. Créé dans le champ de la philologie pour désigner une de langues, le terme sémite a été utilisé à partir du XIXème siècle pour imaginer les locuteurs de ces langues comme participants d’une race humaine particulière et cette conception est aujourd’hui abandonnée par la communauté scientifique. Aussi, les Arabes font partie du peuple sémite.

De ce fait, dire qu’on éprouve une hostilité envers les Arabes, c’est aussi éprouver de l’antisémitisme, par définition. Qui le sait de nos jours?

Et ainsi de suite. Ce détournement sémantique n’est qu’une façon de s’accaparer une multitudes d’idées, de termes à son profit.

Un autre concept est également à étudier : celui de la modernité. La modernité est assimilée dans les esprits comme étant un terme positif, en étroite corrélation avec le progressisme. Néanmoins, même si historiquement, elle commencerait en 1453 avec la prise de Constantinople par les Turcs, et dont la fin correspond à la Révolution française pour les historiens français et à 1920 pour les écoles historiques anglo-saxonnes, ce terme est lié avec notre époque contemporaine. 

Dire qu’on est moderne voudrait dire qu’on soit « in » et non « out ». Or, il n’est pas gage de bonne mentale que de dire que la modernité est la condition sine qua non d’une intégration sociétale réussie. Car si la société est décadente, se mettre en harmonie avec cette dernière, c’est cautionner celle-ci. A l’inverse, se marginaliser, ne pas s’intégrer à une certaine décadence collective, est synonyme d’une évolution vers le mode pestiféré.

Être contemporain, c’est vivre à la même époque. Ainsi, la contemporaine est par définition la de ces dernières années, la d’Erdoğan n’en déplaise à certains. Une simple définition, de simples mots suffisent à remettre en place une idée.

Il en est de même pour l’évolution. Dire qu’on évolue est inconsciemment vu comme positif. Or l’évolution regroupe trois concepts : la régression, la stagnation et l’amélioration. Objectivité et subjectivité dressent les codes de ces derniers même si peu s’empressent d’en donner les détails précis. Nous frôlons ainsi le champ philosophique.

Vous comprendrez donc que le pouvoir du mot est plus important qu’il n’y paraît, pourvu qu’on s’y attache. Car l’amour du verbe, le pouvoir de l’envolée lyrique, la subtilité de la langue offrent un champ étendu d’autodéfense intellectuelle. Maîtriser la langue est un signe de liberté, un des meilleurs face aux agents subversifs de tous horizons, internes comme externes. A bon entendeur.

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