FLASH INFO :

Pierre Loti et la Turquie : l’histoire d’une passion

HISTOIRE - Sous un regard nouveau, Red’Action vous présente le portrait d’un farouche défenseur de la Turquie et de son peuple. Passionné par ce pays, il lui voua ses plus beaux écrits et lui dédia son cœur.

Par Valérie Lemoult


L’origine du nom «  » 

C’est lors de son escale à Tahiti en 1872 que Julien VIAUD écrivit le « Mariage de Loti » qui fut publié en 1880 et qui rencontra un vif succès. Inspiré par son ouvrage, il choisira de retenir le nom de « LOTI » comme pseudonyme.

Et ce fut en 1881 que Julien VIAUD écrivit son premier roman « le roman d’un Spahi », sous le nom qu’on lui connait aujourd’hui.

Magnifiques rencontres 

Cet homme alors officier de marine, aux quatre coins du globe. C’est avec beaucoup d’admiration et d’enchantement qu’il découvre les beautés innombrables de cette terre indomptable. Il parcourt différents continents et y côtoie de nouveaux peuples, mais un jour, en 1877, il fait escale dans une ville appelée alors Constantinople, et devant tant de splendeur son cœur tout entier s’enflamma pour ce pays.

Cette rencontre avec cette ville mythique et ce pays fabuleux transformera sa vie et la conception de celle-ci.

Une autre rencontre va venir bouleverser sa vie, la rencontre de l’Amour, la naissance d’une passion qui se nomme Hatice (prononcé Atidjé). De cette d’amour à la fin tragique causée par la mort de sa dulcinée, naîtra deux romans à succès :

– Aziyadé en 1879 ; un hymne à l’amour pour celle qui fut sa passion et qu’il n’oubliera jamais.

– le Fantôme d’Orient en 1892 ; qu’il écrivit suite à la mort de sa bien-aimée et qu’il lui dédia.

Pierre Loti « le turcophile » 

A la mort de Hatice, Pierre Loti aurait pu tourner le dos à ce pays, tant son chagrin était immense, mais en amoureux inconditionnel de la et subjugué par celle-ci, il en fait sa deuxième patrie.

Son rêve était de devenir turc à part entière, c’est pourquoi il apprit le turc en quelque mois et décida lors de ses séjours à Istanbul de s’habiller en véritable stambouliote, pour se fondre dans le décor majestueux de cette ville extraordinaire. Il séjourna à Istanbul sept fois entre 1876 et 1913, notamment à Eyüp son quartier préféré. Il aimait y venir pour se ressourcer et écrire en admirant la magnifique vue sur la Corne d’or.

Son ardeur pour « Sa Stamboul », comme il aimait l’appeler, a fait émerger en lui de nombreux autres talents. C’est alors qu’il prend de nombreuses photographies de cette admirable ville, et l’on découvrira un excellent photographe mais aussi un talentueux dessinateur.

Son engouement pour la Turquie, va l’amener à reproduire chez lui, en France, à Rochefort, en 1877, une pièce orientale qui sera le futur salon turc et une magnifique mosquée ottomane dont les travaux s’achèveront en 1897. Son fils Samuel, a vendu la maison familiale, que Pierre Loti appelait « la maison du monde », à la ville de Rochefort. 

Avec la participation de l’Etat, celle-ci est en rénovation totale depuis 2012, afin de restaurer les boiseries et les différents objets de la merveilleuse collection de cet homme. 

Pierre LOTI « l’ami et défenseur des Turcs » 

Cet amour indéfectible que Pierre Loti vouait aux Turcs, est né de par son envie de découvrir ce peuple. Il a su voir au delà des apparences et des clichés, et il a découvert un peuple chaleureux, aimant et accueillant. Il a su les comprendre et écouter leurs cœurs. Il avait bien compris leur personnalité, sensibilité, grandeur et force, et il voulait leur ressembler pour toutes leurs qualités. 

Littéralement épris par ce peuple, son amour dépassa les frontières turques. En France et ailleurs, il défendait la Turquie avec courage et véhémence, contre ses ennemis qui voulaient diviser le pays et anéantir leur liberté.

Il utilisa la force de sa plume dans le Figaro, et pendant six mois, il s’engagea de toutes ses forces pour défendre les Turcs agressés, abandonnés et trompés, volés et insultés, s’exposant lui-même aux pires insultes, mais qu’à cela ne tienne, il écrivit avec encore plus d’ardeur.

Il met alors en cause l’Occident et la rapacité balkanique qui, loin de se contenter des territoires reconquis, veut aussi prendre Istanbul. L’Europe est à ses yeux “complice” et il écrira : « Honte ! Honte à l’Europe, honte à son christianisme de pacotille. Et, pour la première fois de ma vie, je crois que je vais dire : honte à la guerre moderne ». 

Mais des lettres de lecteurs mécontents arrivèrent en nombre au journal et contraignirent Gaston Calmette, Directeur et ami de Pierre Loti à la prudence.C’est alors qu’il informa Pierre qu’il ne pouvait plus publier ses articles et qu’il l’obligeait à quitter Le Figaro. En effet, la campagne que menait Pierre Loti contre les « vainqueurs des Turcs » en les accusant aussi ouvertement, serait de les indisposer contre la France.

Suite à cela, dans un article publié intitulé « A propos des Turcs », Gaston Calmette mettra l’accent sur les « valeureux Balkans », le contraire de tout ce que Pierre Loti écrivait : Le Figaro avait définitivement choisi son camp.

Pierre Loti ne se découragea pas et c’est au Gil-Blas, de novembre 1912 à mars 1913, qu’il fera publier ses fameuses «Lettres sur les Balkans», qu’il accompagnera de son premier grand livre , « Turquie agonisante ».

En voici un extrait : « Ceux qui critiquent la Turquie », explique-t-il « confondent la nation avec son gouvernement ». Ce n’est pas d’hier que les nations d’Europe commettent des couardises ou des crimes ; de tout temps cela s’est pratiqué (la Pologne, le Transvaal, l’Alsace-Lorraine, etc., etc., en sont, hélas ! les lamentables preuves). […] Il y a eu sur le dos de la Turquie, accord complet de lâchage et de mépris des traités […] cette Turquie à laquelle trois semaines plus tôt toutes les chancelleries unanimes avaient solennellement renouvelé des promesses d’intégrité territoriale », la voilà abandonnée, sa demande de médiation ignorée, l’Europe étant surtout déjà « préoccupée du partage de ses dépouilles […] Honte à l’Europe. C’est elle l’odieuse coupable de ces hécatombes. »

Concernant la France il écrivit : « Notre chère France où donc est-elle, notre généreuse France, qui jadis, s’enthousiasmait pour toutes les justes causes […] la voici, hélas ! au premier rang de l’impitoyable meute ! ». « Avec quelle stupeur douloureuse j’ai vu notre pays, par dévouement aux Slaves, s’associer, et même d’une façon militante, à ces pressions inqualifiables !… L’homme éminent qui nous dirige [Raymond Poincaré] – et avec tant d’intégrité, de bon vouloir et de génie–, se ressaisira sans doute, je veux l’espérer, se souviendra des généreuses traditions de la France. »

Il a toujours défendu la France intellectuelle et morale, « la vraie France » disait-il, et c’est cette France-là qu’il aimait.

Véritable engagé pour la cause turque, il essayera avec opiniâtreté de faire tomber les préjugés, de dénoncer les fausses idées et d’éclairer autant que possible ses concitoyens sur la véritable identité du peuple turc et sur la véritable situation dramatique qui se déroulait en Turquie.

Reconnaissance des Turcs envers leur ami

Les intellectuels turcs fondèrent une société pour perpétuer leur amitié avec Pierre Loti. Elle aurait pour président le grand poète Abdülhak Hamit et pour membres des écrivains célèbres et des penseurs. Dans les statuts déposés, il est précisé que la Société a pour but d’exprimer « la reconnaissance de la nation turque pour la lutte que Pierre Loti avait engagée dans le monde occidental, pour la défense de la nation et de la patrie turque. »

En 1913, lorsqu’il arrive à Istanbul, le peuple turc est venu en nombre pour accueillir son défenseur et pour le remercier. Aujourd’hui encore, les Turcs lui sont toujours aussi reconnaissants et perpétuent la mémoire de son nom à Istanbul. De nombreux hôtels, restaurants ou cafés en Turquie ont aussi repris le nom de Pierre Loti en son hommage.

– Le français Pierre Loti d’Istanbul est d’une grande renommée. On y organise régulièrement des expositions le concernant.
– La colline de Pierre Loti à Eyüp, sur la rive européenne d’Istanbul (Piyer Loti tepesi) est un endroit chargé d’histoire, où l’on s’émerveille devant cette vue imprenable sur la Corne d’or, si chère à Pierre Loti.
– Une rue du quartier de Sultanahmet porte son nom « Piyer Loti caddesi ».
– La municipalité d’Istanbul a fait poser une plaque portant son nom sur la maison dans laquelle Pierre Loti a séjourné en 1910.

Pierre Loti est décédé en 1923 à l’âge de 73 ans.

L’autobiographie de Pierre Loti nous fait découvrir une merveilleuse histoire d’amour entre lui et le peuple turc. Le témoignage d’une amitié franco-turque fidèle et la loyauté sans faille de ce formidable peuple envers celui qui a su les comprendre et les aimer.

Que pensez-vous de cet article ?

31



NEWSLETTER

Inscrivez-vous pour suivre toute notre actualité.

RÉAGISSEZ

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
avatar
wpDiscuz

SONDAGE

  • Selon vous, le pasteur américain Brunson accusé d'espionnage en Turquie sera-t-il libéré ?

    Voir les résultats

    Loading ... Loading ...

  • RÉSEAUX SOCIAUX

  • Red'Action