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Nous sommes tous des historiens (ou pas)

OPINION - Les réseaux sociaux et les divers sites tentent une esquisse de l’Histoire par le biais des internautes qui publient au gré de l’actualité (ou non) des articles, des documents, des commentaires tentant d’étayer des thèses diverses et variées. Très peu (si ce n’est aucun) n’est historien confirmé. Un torrent de fake-news est ainsi déversé dans la plus grande poubelle de l’Humanité accessible à tous, en un instant.

Par Cihan Bircan


L’ est, selon la définition du Larousse, la connaissance du passé de l’humanité et des sociétés humaines et une discipline qui étudie ce passé en cherchant à le reconstituer.

Les supports sont extrêmement variés pour reconstituer la Vérité. Cette recherche de la Vérité ne doit partir d’aucun postulat, d’aucun a priori pour tenter une approche saine, neutre allant parfois à l’encontre de ce que le grand public tente de croire depuis longtemps. Le doute doit toujours habiter l’historien qui, par le biais d’un travail méthodique, tente d’offrir des conclusions qui peuvent déranger. La croyance sans fondement emprisonne l’homme dans ses propres fantasmes. C’est le problème-mère aux maux de notre société.

Je ne suis pas historien—loin de là—et je n’ai pas la prétention d’expliquer qui a tort ou raison. Il est question ici de méthodologie. Car ce n’est pas en citant divers auteurs à travers des publications longues qu’on s’octroie une pseudo-crédibilité, une science. Sinon, nous ne faisons que répéter bêtement les propos d’autrui en s’occultant un avis personnel, émanant uniquement de soi.

L’erreur est humaine et même un historien confirmé peut se tromper dans ses propos (et recherches).

Ce qui dangereux, c’est le béni-oui-oui du fanclub prenant pour parole d’Évangile tout ce qui en émane.

Par malheur pour certains, les maisons d’édition n’acceptent pas les différentes thèses proposées par des historiens sous peine de léser le paradigme (et ses propres intérêts), mettre dans l’embarras les actionnaires et les fidèles lecteurs. Il faut une certaine dose du courage pour être un historien neutre (pléonasme), accepter parfois les critiques, prendre le risque de se retrouver sans emploi. L’urticaire allergique doit être prêt à surgir chez l’historien face à l’embrigadement intellectuel ambiant.

Bien évidemment, l’Histoire ne fait pas office d’exception à tout cela. Les sciences, la médecine, l’ sont d’autres matières sujettes à des modes, des croyances, des idées-reçus qui peuvent n’avoir qu’une certaine durée de vie pour certaines. 

Cependant, celui qui se penche sur l’histoire n’a pas la chance de mener à bien des expériences pour comprendre. On ne peut point pas retourner dans le passé pour décrire une nouvelle fois certains grands événements « historiques ». Par conséquent, l’historien n’a que des documents en main (quand il arrive à les consulter) pour pouvoir travailler. Mais ces documents sont-ils authentiques, relatant le vrai ?Mieux, expliquent-ils la Vérité sachant que des événements sont racontés parfois par des deuxièmes ou troisièmes mains qui eux-mêmes n’étaient pas présents?

C’est comme s’il devait reconstituer une page blanche avec les morceaux d’une feuille brûlée sans se tromper d’interprétation.

Par exemple, imaginons quelqu’un écrivant—sous l’impulsion d’un quelconque sentiment—sur un bout de papier que R2D2 a réellement existé et qu’on retrouve ce document sept siècles plus tard. Doit-on réellement le croire? Voilà encore une fois toute la difficulté de l’historien qui ne doit pas tenir compte d’un seul écrit, mais d’une synthèse de ce qui a été produit à une époque donnée pour livrer sa version de l’Histoire, qu’elle plaise ou non. Mais il reste handicapé par la matière avec laquelle il travaille et c’est un euphémisme. Un tout autre document surgissant d’une quelconque cave peut renverser la « Vérité » du moment. Il est facile pour un historien de déterminer le faux, mais qu’en est-il du vrai?

Nous vivons une époque où l’esprit critique s’anémie. Pour critiquer, il faut apprendre à être critique, à douter en permanence, à maintenir une humilité, patienter dans l’ignorance. Cela prend du temps et nos institutions ne nous apprennent pas à critiquer, au mieux faire « du commentaire de texte », de l’abstrait pour se donner bonne conscience.

Pour un historien, mieux vaut ne pas plaire à tout le monde et être libre, car plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui, comme le disait Guitry.

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