FLASH INFO :

La militarisation par la Grèce des îles de la mer Égée constitue une menace pour la sécurité nationale turque

MÉDITERRANÉE ORIENTALE - Les tensions croissantes entre Athènes et Ankara en Méditerranée orientale ont fait remonter à la surface d’autres problèmes non résolus de longue date en mer Égée, en particulier la menace posée contre la Turquie par la militarisation des îles de la mer Égée orientale


Un enchevêtrement de différends juridictionnels au sujet de la définition des droits aériens et maritimes, les tensions croissantes sur l’exploration gazière et pétrolière en mer, et enfin la militarisation de certaines îles grecques dans la mer Égée et dans la partie orientale de la ont affecté les relations turco-grecques. Au milieu de tensions qui couvent, les experts soulignent le fait que la militarisation des îles proches du continent turc constitue une menace sérieuse pour la nationale d’Ankara.

La mer Égée est parsemée de plus de 2.000 îles et îlots, dont certains se trouvent à moins de 4,8 kilomètres du continent turc. Cependant, malgré que les îles proches de la Turquie devaient avoir un statut démilitarisé en vertu des traités internationaux, du fait de l’importance primordiale de ces îles concernant la sécurité de la Turquie, la a armé dernièrement 18 des 23 îles de la mer Égée. Seize d’entre eux, à savoir Lesbos, Chios, Samos, Icaria, Lemnos, Samothrace, Karpathos, Kastellorizo, Rhodes, Symi, Tilos, Kos, Kalymnos, Leros, Patmos et Psara devraient en principe avoir un statut démilitarisé.

« La Grèce militarise illégalement ces îles sous le prétexte d’une « menace turque ». Pourtant, l’argument de cette menace est totalement sans fondement car la Turquie jusqu’aujourd’hui n’a attaqué aucune île, ni ne les a occupées », a déclaré au Daily Sabah Cihat Yaycı, ancien contre-amiral de la marine turque et chef du Centre des stratégies maritimes et mondiales de l’Université de Bahçeşehir. « Ces îles sont militarisées non pas contre une menace turque mais pour menacer la Turquie ».

Soulignant que Lemnos se trouvait juste de l’autre côté du détroit de Çanakkale, également connu sous le nom de Dardanelles, Yaycı a souligné que l’armement de Lesbos, Chios, Samos, Kos et Kastellorizo constituait une menace sérieuse pour la Turquie.

À partir du traité de Londres de 1913, la militarisation des îles de la mer Égée orientale avait été restreinte, leur statut démilitarisé ayant été confirmé dans le traité de Lausanne, signé en 1923. Le traité de Lausanne a établi un équilibre politique entre les deux pays, en harmonisant les intérêts vitaux, y compris ceux dans la mer Égée.

Le traité de Paris de 1947, qui céda les îles du Dodécanèse de l’ à la Grèce, confirma également leur statut démilitarisé.

Cependant, la Grèce fait valoir que la Convention de Montreux de 1936 sur le détroit de Turquie devrait être appliquée dans le cas présent, tandis qu’Ankara affirme que l’obligation de la Grèce de désarmer les îles reste inchangée en vertu de la Convention de Montreux et qu’aucune disposition ne la différencie du Traité de Lausanne sur le problème.

La Grèce a progressivement commencé à militariser les îles après 1960, puis a accéléré le rythme après la crise chypriote de 1974.

« La Grèce a continuellement violé le statut de non-militarisation, ce qui doit être considéré comme une menace directe pour la sécurité turque. Les grandes puissances et les signataires des traités pertinents ont ordonné que ces îles soient démilitarisées afin de sauvegarder et protéger les intérêts de la Turquie », a déclaré Cem Gürdeniz, amiral à la retraite. « Mais ce que nous constatons aujourd’hui, c’est que 18 îles sur 23 sont fortement militarisées ».

« Ces traités n’autorisent la présence que d’une petite partie des forces de sécurité intérieure afin de maintenir la sécurité intérieure dans les îles. Cependant, les forces déjà déployées sur les îles ne sont pas défensives mais offensives. L’artillerie à longue portée, le déploiement d’avions de guerre, les bases navales sont les principales catégories offensives de matériel militaire disponible à utiliser contre la sécurité militaire turque », a ajouté Gürdeniz, précisant que les traités exigeant un statut démilitarisé des îles ne permettaient pas aux avions militaires et aux navires de guerre d’être exploités ou déployés dans l’espace aérien et les eaux territoriales de ces entités.

« Pourtant, nous savons qu’ils déploient des F-16 ainsi que des engins d’attaque rapide à missiles guidés et des sous-marins. Leurs avions militaires peuvent également utiliser les îles pour les décollages et les atterrissages », a déclaré Gürdeniz, soulignant que les îles pouvaient également être utilisées pour le déploiement de missiles sol-sol en cas de crise ou de guerre, ce qui constituait une grave menace pour la Turquie.

Yaycı a également souligné qu’ avait déployé des missiles S-300 de fabrication russe sur l’île grecque de Crète, lesquels doivent être améliorés la semaine prochaine par Moscou. « L‘OTAN doit voir cela, mais personne ne hausse le ton ». Yaycı a rappelé que l’OTAN, l’Union européenne et les États-Unis s’étaient rangés du côté d’Ankara lorsque la Turquie avait décidé d’acheter les systèmes de antimissile russes S-400.

Selon les données du Centre de recherche sur la stratégie diplomatique, basé sur l’île de la République turque de Chypre du Nord, la Grèce aurait une division militaire sur les îles de Lesbos et de Rhodes, et une brigade sur les îles de Chios et Symi, ainsi que plusieurs bataillons d’infanterie, bataillons de chars et bataillons anti-aériens sur ces îles.

La Grèce compte 7.500 soldats sur les îles de Chios et Symi, des commandos sur l’île de Rhodes, ainsi que six bases militaires, deux bases navales et deux bases d’hélicoptères sur les îles.

Yaycı a fait valoir que la Turquie, par les voies diplomatique et légale, devait déclarer aux , à l’OTAN et aux signataires des traités de Lausanne et de Paris qu’elle était menacée par la militarisation de ces îles, que les traités étaient violés et que les conditions de cession avaient été supprimés. En conséquence, la Turquie doit également exiger que le statut des îles soit rétabli conformément aux conditions des traités.

Le réarmement des îles démilitarisées de la mer Égée a toujours été un sujet de discorde entre les deux pays, en particulier après les années 1960, lorsque les relations entre Ankara et Athènes se sont détériorées, du fait de la question chypriote et des revendications étendues de la Grèce sur l’espace aérien et les eaux territoriales de la mer Égée. La première réaction de la Turquie à l’armement par la Grèce des îles de la mer Égée fut alors une note diplomatique donnée à Athènes le 29 juin 1964.

Outre la militarisation des îles de la mer Égée orientale, la menace d’étendre les eaux territoriales grecques au-delà de leur largeur actuelle de 9 kilomètres, un « espace aérien national » de 16 kilomètres au-dessus des eaux territoriales de 9 kilomètres et l’abus de la responsabilité de la région d’information de vol (FIR) sont les principales causes sous-jacentes du conflit turco-grec dans la mer Égée.

« L’ sera aux côtés de la Grèce contre la Turquie »

La Turquie affirme que l’UE soutient injustement la Grèce dans un différend maritime qui remonte à des décennies, mais qui n’a gagné en importance que depuis la découverte de grands gisements de gaz naturel ces dernières années en Méditerranée orientale.

Faisant fi des arguments et des préoccupations de la Turquie, les membres du Parlement européen ont adopté jeudi une résolution exprimant une « pleine solidarité » avec la Grèce et l’administration chypriote grecque contre les actions de la Turquie en Méditerranée orientale. Le ministère turc des Affaires étrangères, dans une déclaration écrite du même jour, a déclaré que la décision avait été prise uniquement dans un souci de solidarité entre les membres de l’UE et pour servir les intérêts «égoïstes» de certains pays membres. Les dirigeants de l’UE devraient tenir un sommet les 24 et 25 septembre pour discuter des tensions régionales.

Rapportant les paroles de la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, le 16 septembre, selon lesquelles rien ne pouvait justifier « l’intimidation par la Turquie de la Grèce et de Chypre » dans la région, Yaycı a déclaré que l’UE condamnait déjà la Turquie. « Il est clair que l’UE sera du côté de la Grèce et de l’administration chypriote grecque; La Turquie ne devrait pas s’attendre à une solution équitable mais plutôt se concentrer sur ses propres intérêts nationaux, tout en adoptant une politique nationale pour la région », a souligné Yaycı.

Il a également évoqué la « Carte de Séville », qui fournit la base de la revendication maximaliste de la Grèce et nommée ainsi par un professeur de l’Université de Séville. La carte affirme que la Turquie aurait une juridiction maritime en Méditerranée orientale uniquement autour du golfe d’Antalya, soit une zone minuscule.

Il a déclaré que bien qu’il ait été confirmé par l’UE que la carte n’avait aucune valeur officielle et n’avait pas été préparée par l’Union, cette dernière était pourtant souvent utilisée par des sources liées à l’UE comme base des revendications grecques, ainsi que par plusieurs agences européennes. Soulignant que c’était inacceptable, Yaycı a exhorté le bloc à sortir de cette contradiction et à déclarer ouvertement que l’UE ne reconnaissait pas la carte de Séville.

Pas de solution du côté de la Cour pénale international

Après avoir appelé l’UE à imposer des sanctions contre la Turquie, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, lors d’un entretien avec CNN, a réitéré une proposition de renvoyer la question à la Cour pénale internationale à La Haye, si le dialogue et les négociations bilatérales n’aboutissaient pas.

Affirmant que l’appel récent d’Athènes à recourir à la Cour concernait uniquement le différend concernant le plateau continental et non à résoudre les problèmes menaçant la sécurité de la Turquie et ses droits, Yaycı a souligné qu’il existait un large éventail d’autres problèmes qui devaient être résolus, en plus de celui du plateau continental.

« La Grèce ne veut pas aller en justice pour les îles militarisées, elle ne veut pas aller en justice pour les eaux territoriales ou les conflits d’espace aérien. Athènes veut juste saisir les tribunaux au sujet de questions qu’elle préfère et ignore les questions qui ne l’intéressent pas. Elle ne siège même pas à la table des négociations lors des questions qui sont en contradiction avec ses intérêts », a déclaré Yaycı, arguant que si la Grèce ne négociait pas sur ces questions, la Turquie ne devrait pas non plus s’asseoir à la table pour les zones maritimes.

« C’est le droit de la Turquie, pourquoi devrait-il s’agir d’un marché? » il ajouta.

En 1976, la Grèce avait unilatéralement porté le différend sur le plateau continental devant la Cour pénale internationale et le Conseil de sécurité des Nations Unies, a noté Yaycı, affirmant que le tribunal avait rejeté la demande grecque. Il a expliqué que le consentement des deux parties est nécessaire pour s’adresser au tribunal et qu’une série de négociations devait être tentées au préalable. Le tribunal s’attend à ce que les parties se soient entendues sur certaines questions et présentent leur thèse.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies, dans sa résolution 395 adoptée en 1976, avait appelé les deux pays à faire tout ce qui était en leur pouvoir pour réduire les tensions dans la mer Égée, leur demandant de reprendre les négociations directes sur leurs différends et les exhortant à faire en sorte que ces négociations aboutissent à des négociations mutuellement acceptables alors que la Cour, dans la même année, avait proclamé le plateau continental égéen au-delà des eaux territoriales des deux États du littoral comme des « zones en litige » au sujet desquelles les deux pays revendiquent des droits d’exploration et d’exploitation.

L’ancien amiral a souligné que l’un des problèmes de la cour était que les décisions ne prouvaient pas la jurisprudence, ce qui signifie que les décisions judiciaires antérieures ne servaient pas d’exemple. « Par conséquent, nous ne pouvons pas dire qu’une décision similaire a été rendue auparavant et qu’il en irait de même pour le cas de la Turquie. Ce sont des tribunaux politiques, pas des tribunaux judiciaires », a-t-il affirmé, déclarant que la Grèce, avec sa diplomatie dans l’arène internationale, pourrait facilement influencer ces tribunaux, tandis que le droit maritime international fournissait peu d’aide dans le différend.

« Il n’y a pas de normes établies; ceux qui élèvent la voix plus que les autres sont ceux qui ont raison », a ajouté Yaycı.

Que pensez-vous de cet article ?

21



NEWSLETTER

Inscrivez-vous pour suivre toute notre actualité.

RÉAGISSEZ

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
avatar
wpDiscuz

RÉSEAUX SOCIAUX

  • Red'Action