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L’offensive turque garantira-t-elle le retour des réfugiés syriens chez eux ?

ANALYSE - La Turquie a jusqu’à ce jour fourni les meilleures conditions à 3,5 millions de Syriens déplacés dans le pays. Cette situation a été saluée à de nombreuses reprises par la communauté internationale. En effet, malgré les réticences de l’Union Européenne sur les fonds débloqués à l’encontre des réfugiés syriens, le pays n’a cessé de les accueillir et les installer au mieux sur le territoire turc. Ainsi, la libération du nord de la Syrie par l’action militaire turque accélérera le retour d’une partie importante des réfugiés vers la Syrie, qui pourront rejoindre leurs terres, protégées dorénavant par les forces turques.

Par Tuğçe Ateş


L’opération Rameau d’Olivier est entrée dans sa deuxième semaine. Plus de 900 terroristes et 13 soldats turcs ont été tués, selon un communiqué publié vendredi par les .

« L’objectif de l’armée turque en Syrie est de poursuivre les opérations jusqu’à ce que tous les terroristes soient totalement éliminés et environ 3,5 millions de réfugiés syriens rentrent chez eux », a annoncé le gouvernement turc la semaine dernière après un sommet de sécurité organisé le quatrième jour de l’opération Rameau d’Olivier.

« Nous souhaitons rendre possible le retour des 3,5 millions de Syriens hébergés en Turquie afin qu’ils  puissent retourner dans leur patrie en toute sécurité », a déclaré le porte-parole de la présidence, İbrahim Kalın dans un communiqué.

Le président turc a également promis de créer les conditions humanitaires nécessaires, avec des infrastructures et l’installation des équipements, dans des zones débarrassées des terroristes, afin que tous les Syriens puissent retourner dans leurs foyers.

Un éventuel retour des réfugiés dans leur pays grâce à la Turquie

La Turquie offre depuis longtemps les meilleures conditions aux millions de Syriens déplacés avec une générosité de l’ordre de 30 milliards de dollars américains, comme l’a souligné à plusieurs reprises le gouvernement.

« Ce cap sur la situation des réfugiés syriens marque un tournant important pour le gouvernement turc », déclare Serkan Demirtaş le représentant de Hürriyet Daily News à Ankara.

De nombreux organismes gouvernementaux ont déjà commencé à travailler au sujet de l’intégration des réfugiés syriens au motif que beaucoup d’entre eux choisiront de rester en Turquie ou d’attendre d’être réinstallés dans un pays tiers.

Des études universitaires sérieuses menées l’année dernière ont montré que 52% des réfugiés syriens veulent rester en Turquie, 74% d’entre eux souhaitant obtenir la nationalité turque afin de pouvoir commencer à travailler officiellement et à construire une vie en Turquie.

Selon une étude parlementaire récente, 60 000 Syriens ont obtenu la citoyenneté au cours des six dernières années.

Le professeur Murat Erdoğan, éminent spécialiste des questions de réfugiés et de migration, pense que la plupart des Syriens, soit jusqu’à 80%, sont heureux de rester en Turquie.

L’approche du gouvernement turc à la crise des réfugiés a favorisé des modes de vie favorables à l’intérieur du pays. Partant de ce principe, beaucoup de migrants syriens ont toujours la peur de subir à nouveau le sort de la guerre de l’autre côté de la frontière.

« Nous sommes en Turquie depuis la fin de l’année 2014, quand Alep a été ravagé par la guerre, nous avons tout perdu et nous n’avons reçu que nos bagages », a expliqué à Salim Hemdo, 36 ans, un ancien technicien mécanique qui s’est installé dans le district de Dikmen d’Ankara avec cette . Ce père de appartenant à la minorité turkmène d’origine turque, a insisté sur le fait qu’il était prêt à retourner dans son pays si la Turquie pouvait y assurer sa sécurité et espère que l’incursion militaire en cours pourra y parvenir.

« Nous surveillons les nouvelles chaque jour pour savoir à quel point l’armée (turque) a saisi le territoire des à et nous sommes enthousiastes devant les résultats », a ajouté Hemdo.

L’accueil de populations syriennes peut prendre une autre ampleur dans le pays 

L’inconfort public en Turquie vis-à-vis des Syriens est-il en hausse ou une cohabitation cordiale est-elle assurée?

Afin de compenser les réductions des aides envers des réfugiés de la part des communautés internationales, Erdoğan souhaite libérer le nord de la Syrie pour y construire de nouvelles installations. Un des projets du président turc serait de voir un début du « retour aux terres » des populations syriennes afin de maîtriser le contexte social qui règne entre les populations locales et les réfugiés syriens.

En effet, des questions se posent comme la possibilité de réhabiliter une nouvelle zone au sein des territoires de la Syrie plutôt que de continuer à développer des conditions au niveau national en Turquie. Bien entendu, la victoire de  l’offensive militaire dans le nord de la Syrie sera la véritable réponse sur la faisabilité de ces projets.  

Selon les conclusions du panel parlementaire, occupe la première place dans la liste des villes accueillant des réfugiés, avec 517 000 Syriens qui y vivent actuellement. Ce nombre est d’environ 700 000 selon des enquêtes indépendantes.

Selon certains sondages, la répartition des réfugiés syriens est très aléatoire sur le territoire turc mais les principaux pôles économiques sont les plus visés en raison des opportunités d’emplois.

Erdoğan a déclaré que la Turquie a dépensé environ 30 milliards de dollars pour les Syriens, un appui incontestable du gouvernement turc envers sa politique migratoire. Trahi par les promesses des organisations internationales pour débloquer des fonds aux réfugiées syriens en Turquie, le gouvernement continue malgré tout à les accueillir dans de meilleurs conditions. Récemment Erdoğan a déclaré la construction de nouveaux logements exclusivement pour les réfugiés à la place des tentes qui s’alignent dans la province d’Adıyaman.

Cependant, dans une conjoncture économique qui montre quelques signes fragiles à la suite des événements que le pays a subis ces dernières années, le discours des aides concernant le soutien financier aux migrants enchante peu au niveau national.

En effet, après une décennie de prospérité avec la venue de l’ au pouvoir, de nouvelles initiatives sont attendues pour lutter contre l’inflation et le chômage. Les autorités cherchent à creuser de nouveaux projets pour aller dans le sens de la requête du peuple.

Un nouveau rapport de l’International Crisis Group (ICG) publié cette semaine a confirmé une tendance sur l’avenir des Syriens en Turquie. Le rapport est basé sur des recherches menées dans les quartiers denses d’Istanbul, d’Ankara et d’Izmir, où de nombreux Syriens subviennent à leurs besoins grâce à des emplois locaux. Le potentiel d’emplois pour les réfugiés est plus élevé dans les trois plus grandes villes de Turquie qui accueillent plus d’un cinquième des Syriens.

Une conclusion du rapport est la perception du public, selon laquelle les Syriens bénéficient d’un accès préférentiel aux services et à l’assistance publics.

« Même les communautés ayant une affinité religieuse et idéologique avec le gouvernement », a observé l’ICG, « semblent passer de la compassion à la rancune ou à l’impatience », indique le rapport.

Ainsi, les considérations politiques actuelles veulent aller dans le sens de la perspective des élections présidentielles et parlementaires prévues pour 2019.

Pour y parvenir, l’AKP essaie de trouver un terrain d’entente pour gérer le contexte socio-économique du pays et mener à bien en parallèle la sécurité du pays, un souhait ultime de la population turque.

Dans ce cadre soulevant des points sensibles du contexte actuel du pays, la Turquie a lancé une offensive militaire contre les Unités de protection du peuple (YPG) qui sont considérées comme l’affiliée syrienne de l’organisation terroriste menant une insurrection en Turquie depuis 1984.

La Turquie voit à travers le corridor de terroristes le long de sa frontière avec la Syrie une menace primordiale pour le pays.

Le président turc a annoncé que 130 000 Syriens sont rentrés dans leur patrie dans la ville de Jarablus, au nord du pays, après l’incursion de l’armée turque en Syrie en 2016-2017, parce que la Turquie leur a permis de retourner dans leurs terres.

Cette action première qui permet le « retour au pays » de la population massive de Syriens déplacés, est un tournant dans l’histoire syrienne, auquel jusqu’à ce jour aucun organisme, communauté ou pays n’a réussi à parvenir.

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