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L’intervention militaire dans la zone d’Afrin en Syrie : les avantages et risques pour la Turquie

TURQUIE / LUTTE CONTRE LE TERRORISME - Alors que la Turquie a décidé son déploiement militaire à la frontière syrienne menaçant d’éliminer les terroristes kurdes syriens, les analystes ont averti qu’une intervention turque pourrait être perçue comme une défense de son territoire à la frontière syrienne mais aussi occupation en ce qui concerne le droit international. Cette position ambiguë risquerait de compliquer l’intervention à Afrin. Un focus sur les avantages et risques de l’opération militaire de la Turquie à Afrin.

Par Tuğçe Ateş


Des médias turcs ont aussi rapporté que le gouvernement de la pourrait chercher à créer une zone sous contrôle sunnite près de la frontière syrienne, un souhait à l’encontre de Damas, des , de la ou de l’Iran.

Cette opération servirait-elle les intérêts de la Turquie ? La Turquie est-elle capable de mener son plan et négocier militairement ou économiquement avec les autres leaders sur le devenir de la zone syrienne ?

Une opération militaire turque perçue comme une « occupation menaçante » pour Damas

« Si les troupes turques entrent en Syrie pour une opération à sans obtenir au préalable le consentement de Damas, cela pourrait dégénérer les relations turco-syriennes qui ne sont déjà pas très bonnes à l’heure actuelle », a déclaré Hüseyin Bağcı, professeur de relations internationales.

Notant que les troupes turques seraient désignées comme une force d’occupation si elles restent à Afrin après l’opération, Bağcı a déclaré que « la Ligue arabe en premier lieu et l’ONU s’opposeraient à la Turquie, qui se trouverait alors dans une situation très difficile à gérer ».

Un ancien officier de l’armée turque, Cahit Armağan Dilek a averti sur le fait que la Turquie pourrait être accusée d’occupation, provoquant l’instabilité et déclenchant une éventuelle désintégration de la Syrie si elle les YPG. Selon lui, les YPG sont vus par le monde comme un acteur qui s’est battu pour vaincre en Syrie.

Le mois dernier, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Moualem a accusé Ankara d’avoir comploté sur le territoire syrien, et Damas considère la présence de troupes turques sur le sol syrien comme une occupation.

L’armée turque a gardé sous son contrôle une zone située entre le canton d’Afrin au nord-ouest de la Syrie et deux autres cantons tenus par les YPG sur la partie orientale de l’Euphrate depuis la fin de 2016. Jawad Abu Hatab, chef du soi-disant gouvernement intérimaire syrien, aurait déclaré le mois dernier que leur objectif principal était de garder les zones capturées par les troupes turques contre le gouvernement syrien et les groupes terroristes.

Entre résistance et collaboration des leaders sur le devenir syrien

Les remarques faites par le président turc Recep Tayyip Erdoğan au début de la semaine laissent présager qu’Ankara pourrait envisager de livrer Afrin aux rebelles pro-Turquie, après l’expulsion de la milice kurde de la région. Lorsqu’on lui a demandé si les groupes rebelles seraient impliqués dans l’opération visant à capturer Afrin, Erdoğan a répondu positivement et a ajouté : « Ce combat est mené pour eux, pas pour nous, nous aidons ces frères à récupérer leurs terres. Si nous ne les aidons pas aujourd’hui, une ceinture (terroriste kurde) nous menacera demain ». En effet, Ankara considère les YPG comme la branche syrienne de l’organisation terroriste qui lutte contre l’Etat turc depuis plus de 30 ans.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Faisal Mekdad, aurait déclaré jeudi que les systèmes syriens de défense aérienne étaient prêts à abattre les avions turcs qui lancent des attaques en Syrie. Il a également souligné que Damas percevrait une opération militaire contre Afrin comme un acte d’agression.

Une opération contre Afrin semble imminente, la Turquie, la Russie et l’Iran rejoignant le mouvement d’opposition contre le nouveau plan américain visant à former une force de sécurité frontalière de 30 000 hommes, dominée par les milices syriennes connues sous le nom « d’Unités de Protection du Peuple » (YPG). Le président turc promet d’éliminer cette armée terroriste.

Les véritables raisons de l’intervention à Afrin

Ankara perçoit les cantons tenus par les YPG, en particulier celui d’Afrin, plus proche de la mer Méditerranée, comme une menace majeure pour la sécurité nationale.

Comme beaucoup en Turquie, Dilek, qui dirige actuellement l’Institut de la Turquie du 21ème siècle, basé à Ankara, estime que la Turquie a le droit d’éliminer une menace terroriste de sa frontière. Il est toutefois préoccupé par le fait que les troupes turques pourraient rester plus longtemps en Syrie, exposant Ankara à des accusations de tentative d’occupation du pays voisin.

Ankara a dit qu’il respecterait l’intégrité territoriale syrienne. Cependant il est largement prédit que l’effort de la Turquie pour créer une zone dominée par les Sunnites conduirait à une Syrie fédérale, étant donné le soutien russe et américain à l’autonomie kurde.

Un des plus grands problèmes qui s’annonceront si une Syrie fédérale existe un jour, c’est le risque d’ouvrir la voie à la désintégration finale du pays, ce qui, à son tour, constituerait une menace majeure pour l’intégrité territoriale de la Turquie.

La Turquie a déclaré qu’elle ne se contenterait pas de nettoyer les YPG à Afrin, mais aussi à et dans les deux cantons kurdes situés le long de la frontière turque à l’est de l’Euphrate.

Le général turc Hulusi Akar était à Bruxelles mardi pour une réunion de l’OTAN où il a rencontré son homologue américain Joseph Dunford. Le même jour, Washington a déclaré qu’Afrin n’était pas dans sa zone d’opérations en Syrie, signalant qu’il ne s’opposerait pas à une intervention turque. Cet accord cache-t-il un autre enjeu ? Selon Dilek, les Etats-Unis pourraient préférer garder Ankara occupé avec Afrin alors qu’ils tentent de construire un Etat kurde sur la partie orientale de l’Euphrate.

« La Turquie devrait bien calculer le coût d’une telle mesure », a déclaré Bağcı, ajoutant que l’armée syrienne reprendrait facilement Afrin des rebelles soutenues par Ankara une fois que les troupes turques se retireraient. Et si la Turquie reste sur le sol syrien, alors elle sera considérée comme une occupation et engendrera d’autres conflits. Une véritable impasse pour la situation d’Afrin.

En effet, beaucoup s’accordent à dire que l’intervention dans la zone d’Afrin sans obtenir le consentement de la Russie signifierait des problèmes pour la Turquie. Ni la Russie, ni l’Iran, voir un autre défenseur acharné de Damas dans la guerre civile, ne souhaite l’idée d’une zone sunnite sous l’emprise d’Ankara en Syrie.

Parlant des répercussions sur le sujet à CNN Türk jeudi, a rappelé : « Nous continuons notre dialogue avec les Russes et les Iraniens sur le devenir d’Afrin ainsi que l’espace aérien syrien ».

 

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