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Libye : La France, mauvaise perdante, hausse le ton contre la Turquie

OPINION - Alors que la Turquie obtient d’innombrables succès militaires, diplomatiques et économiques en Libye tout en contribuant à la paix et la stabilité du pays, la France hausse le ton contre Ankara, qu’elle considère comme un adversaire plutôt qu’un allié.

Par Öznur Küçüker Sirene


C’est sur un fond de tension entre Paris et Ankara que la ministre française des Armées, Florence Parly, a expliqué que des frégates turques avaient “menacé” un navire français en mission pour l’OTAN en Méditerranée avec leur radar de conduite de tir à trois reprises, propos démentis par la Turquie.

Paris compte sur le soutien de l’OTAN face à la Turquie

Demandant à la Turquie de se comporter en « allié » et non en opposant, Paris veut obliger les membres de l’OTAN à plus de fermeté vis-à-vis d’Ankara.

Or c’était le président français Emmanuel Macron qui avait accusé l’OTAN en novembre 2019 d’être en « état de mort cérébrale ». Aujourd’hui pour faire pression à la Turquie, la France n’hésite à s’appuyer sur le soutien des autres membres de l’OTAN.

La réaction turque face à ces propos hostiles ne s’est pas fait attendre. Le ministère turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu a déclaré : « Alors que les activités de la Turquie en Libye sont légitimes, la France elle, poursuit des actions sombres, comme elle l’a fait en Syrie, et joue les sous-traitants pour le compte de certains pays ».

Ces « autres Etats » peuvent être une allusion à l’Egypte et aux Emirats arabes unis avec lesquels la France collabore dans son soutien au maréchal Khalifa Haftar tout comme Israël qui semble avoir un certain contrôle dans les orientations politiques françaises.

Face aux inquiétudes affirmées par la France, le secrétaire général de l’organisation, Jens Stoltenberg, a annoncé jeudi l’ouverture d’une enquête « afin de clarifier la situation et faire toute la lumière » sur cet incident entre la Turquie et la France.

Armes en Libye

Le Ministère français des Affaires étrangères, a également tweeté que le principal obstacle à l’établissement de la paix et de la stabilité en Libye étaient « les violations systématiques de l’embargo sur les armes de l’ONU, en particulier de la part de la Turquie », en dépit des engagements pris à Berlin.

Néanmoins, en juillet 2019, le New York Times avait révélé la saisie de 4 missiles antichar Javelin achetés par la France aux USA, dans un camp de combattants de Haftar en Libye.

De plus, en vertu d’un accord de coopération militaire signé fin novembre entre Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, qui contrôle la Tripolitaine (ouest de la Libye) et la Turquie, le Parlement turc avait autorisé, le 2 janvier 2020, d’envoyer des soldats soutenir le pouvoir de Tripoli.

Le ministre turc de la Défense Hulusi Akar avait également déclaré que l’équilibre en Libye déchiré » par la guerre avait « considérablement changé » depuis que la Turquie a commencé à aider Tripoli dans la formation militaire, la coopération et le conseil.

Paris accuse la Turquie d’ « ingérence » en Libye »

Si la France accuse la Turquie d’ « ingérence » en Libye, les actions de la Turquie dans le pays sont effectuées à la demande et avec l’accord du GNA internationalement reconnu. Après les derniers succès militaires du GNA avec le soutien des forces armées turques, la Turquie pourrait même établir deux bases en Libye, l’une au sud-ouest de Tripoli (base d’Al-Watiya) qui accueillerait des drones et l’autre dans la ville portuaire de Misrata.

De l’autre côté, rappelons comment la France avait joué un rôle actif et majeur dans la chute de l’ex-dirigeant libyen Moammar Kadhafi pour soi-disant « apporter la démocratie » dans le pays. Or 8 ans après l’intervention militaire en Libye, tout laisse à penser que ce qui a depuis toujours motivé la France en Libye n’était que ses propres intérêts économiques lorsqu’on observe son soutien explicite au criminel de guerre Khalifa Haftar qui ne fait que susciter tensions, conflits et divisions en Libye.

Un soutien d’ailleurs dénoncé par le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu qui a indiqué dans un communiqué : « Le soutien de la France au putschiste et pirate Khalifa Haftar, qui a tenté d’établir un régime autoritaire dans le pays en renversant le gouvernement légitime de la Libye et déclaré publiquement qu’il n’était pas en faveur d’une solution politique, a alimenté la crise libyenne ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a aussi mis en garde contre « les tentatives de Haftar de vendre par des voies détournées le pétrole du peuple libyen ».

En conclusion, nous voyons clairement que Paris est extrêmement gênée de l’influence grandissante de la Turquie en Afrique du Nord au détriment de ses ambitions dans la région ainsi que des activités d’exploration de ressources naturelles par les navires turcs en Méditerranée orientale.

La France devrait tenter la stratégie de rapprochement avec la Turquie plutôt que l’adversité, une attitude hostile la décrédibilisant de plus en plus sur la scène internationale en la faisant paraître comme « la mauvaise perdante ».

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