FLASH INFO :

« L’engagement envers son pays d’origine » peut-il être un motif de refus de l’octroi de la nationalité française ?

OPINION - Un citoyen turc de 47 ans vivant en France depuis 43 ans s’est vu refuser la nationalité française pour une raison vraiment surprenante et condamnable.

Par Öznur Küçüker Sirene


Si le titre de cet article vous interpelle, la suite vous étonnera encore plus. 

Murat Büyük a eu la surprise de sa vie lorsqu’il a reçu le courrier du Ministère français de l’Intérieur suite à sa demande de naturalisation.

Dans le courrier signé par Philippe Landrieve, adjoint au chef du bureau des décrets de naturalisation, on peut lire les mots suivants comme motif de refus de l’ : « En effet, votre engagement politique envers votre pays d’origine étant avéré, votre loyalisme envers notre pays et ses institutions n’est pas garanti ».

« En effet, votre engagement politique envers votre pays d’origine étant avéré, votre loyalisme envers notre pays et ses institutions n’est pas garanti ».

Beaucoup de questions restent sans réponse dans ce courrier : comment s’engager politiquement dans son pays d’origine peut-il être considéré comme une entrave au loyalisme envers la France et ses institutions ? Dans ce cas-là faudrait-il ne pas octroyer voire retirer la à ces centaines de milliers de personnes qui suivent de près et soutiennent activement la politique de leur pays d’origine ?

Une autre question qui mérite une réponse est de savoir si le ministère de l’Intérieur adopte la même approche envers tous les citoyens du monde -américains, russes, chinois ou israéliens- ou est-ce un traitement réservé aux citoyens turcs dans un contexte où la turcophobie et la haine du président turc deviennent de plus en plus inquiétantes, en particulier pour les 700.000 Turcs de France ?

Or Murat Büyük n’est pas n’importe qui. Connu de tous dans la communauté franco-turque, cet homme brillant et honnête de 47 est arrivé en France en 1977 à l’âge de 4 . A bien des égards, il est plus Français que beaucoup de Français dans son mode de vie : maîtrisant parfaitement la langue de Molière, il se dit même capable de « chanter du Aznavour ou du Brel ». Casier judiciaire vierge. Aucune aide du Pôle emploi contrairement aux clichés anti-turcs. Aucun impayé. Impôt prélevé à la source.

Si Murat Büyük suit de près l’actualité de son pays d’origine, il n’y a absolument rien d’illégal ou de reprochable dans ses actions…sauf peut-être « un regard critique » envers certaines politiques de la France. Serait-ce un motif suffisant pour se voir refuser la nationalité française ? Ne pourrait-on pas aimer un pays sans adhérer forcément à toute sa politique ? Est-ce la nouvelle approche de « démocratie, liberté d’expression et de pensée et droits de l’homme » de la France, pays qui se présente comme un modèle dans le domaine et qui n’hésite à donner quotidiennement des leçons à la en la matière ?

L’homme politique français Patrick Devedjian dont l’action se concentre plus particulièrement sur la lutte et le militantisme pour la reconnaissance du soi-disant « génocide arménien » par la Turquie serait-il « moins engagé politiquement envers son pays » pour obtenir la nationalité française contrairement à Murat Büyük ?

Et pire encore, que dire de tous ces partisans du groupe terroriste -reconnu comme tel par la Turquie, l’ et les - responsable de 40.000 morts en Turquie, s’offrir la nationalité française en qualité de « réfugiés politiques » ?

Murat Büyük ne cache pas sa sympathie pour le président turc Recep Tayyip Erdoğan -ce qui n’est naturellement pas un crime-. Comment donc les sympathisants d’Abdullah , emprisonné sur l’île-prison İmralı pour ses nombreuses activités terroristes en Turquie qui ont coûté la vie à des centaines de milliers d’hommes, femmes et nourrissons peuvent-ils obtenir aussi facilement la nationalité française alors que les Turcs sont aussi rejetés et discriminés en ce moment « juste parce qu’ils apprécient Erdoğan » ? Serait-ce la nouvelle politique mise en place par Macron et son équipe dans le temps libre qu’ils trouvent après les manifestations des Gilets Jaunes et les grèves contre les réformes des retraites ?

En tout cas une chose est sûre : Murat Büyük ne va pas lâcher cette affaire qui prouve une fois de plus le recul très inquiétant des droits de l’homme en France.

Nous désapprouvons et condamnons toute sorte de politique cherchant à uniformiser et contrôler la pensée, l’opinion et le mode de vie des citoyens en France.

Réfléchir et vivre autrement et ce, dans un total respect des valeurs françaises, n’est pas un délit et nous tenons à nous exprimer librement dans un Etat garant des principes de base, « la liberté, l’égalité et la fraternité » qui doivent être valables pour tous les citoyens vivant sur le sol français sans aucune exception et discrimination.

Lettre ouverte de Murat Büyük au ministre de l’Intérieur :

M. le Ministre, j’aurais aimé commencer mon plaidoyer par un titre comme « J’accuse !» et le publier dans un quotidien comme l’Aurore. Mais je ne suis pas Émile Zola, l’Aurore n’existe plus et je doute que le Figaro, qui l’a intégré depuis, consent à le publier.

Au risque de vous conforter dans vos idées préconçues, je le publie dans ce média franco-turc sous une plume beaucoup moins talentueuse que celle de Zola mais néanmoins tout aussi virale.

Je conviens que les conséquences de l’injustice à la quelle je fais face sont loin de m’envoyer au bagne. Toutefois le déshonneur subi et le jugement sans preuve semblent être bel et bien, notre point commun avec le lieutenant Dreyfus. L’Histoire retiendra que plus d’un siècle plus tard « Le Juif » a été remplacé par « Le Musulman » et de surcroît « Le Turc » dans mon cas, duquel il faut se méfier, celui qui se fond dans la foule pour mieux porter atteinte à la République.

M. le Ministre, je suis arrivé en France à l’âge de 4 ans, aujourd’hui j’en ai 47. J’ai reçu mon éducation à l’école de la République où on nous apprenait la grandeur de la France sur les questions des Droits de l’Homme et du Citoyen, démocratique et laïque. Et même si on pouvait le ressentir de la part de certains professeurs zélés, j’avais compris que la France républicaine n’avait pas pour projet d’encourager ses citoyens à nier ses origines ou son histoire personnel.

M. le Ministre, depuis quand l’engagement politique supposé ou réel envers son pays d’origine est un signe de duperie ?

Depuis quand se préoccuper de la prospérité de son pays d’origine et du bien-être de ses ressortissants, dont la , ne garantit pas le loyalisme envers son pays d’adoption dans lequel on vit depuis 43 ans ?

Quel paradoxe M. le Ministre !

Alors que vous doutez de ma sincérité, c’est bien en vous basant sur mes déclarations réelles et sincères que vous avez forgé votre opinion.

Non je ne suis pas engagé dans quelque parti politique turc que ce soit, même si je ne vois pas quel peut être le problème. Si tel était le cas nous n’aurions pas de députés français fêter la victoire des dirigeants étrangers face caméra ou d’autres qui se font porte-drapeaux de tel ou tel pays, et ce sous le toit de l’Assemblée Nationale.

Oui je suis de près l’actualité de mon pays d’origine comme je m’intéresse à l’actualité de bien d’autres pays et du monde en général.

Peut-être que cela vous a échappé mais je m’intéresse de plus près à l’actualité de la France, comment peut-il en être autrement alors que ma vie est ici ?

Oui j’ai de la sympathie pour le président turc, mais cette sympathie n’a rien d’irrationnel, elle s’explique seulement par le fait que depuis son arrivée au pouvoir, je me fais moins de souci pour ma famille de Turquie. Si cela peut vous rassurer, ce dont j’en doute, j’ai une certaine admiration pour le général De Gaulle, mais aussi pour les Gilets Jaunes et les grévistes du moment.

Mon attachement à la France est réel.

Croyez-moi, M. le Ministre, ma sympathie pour le Président turc ne m’aurait pas empêché de secourir cet enfant suspendu au balcon si j’en avais eu l’occasion et la force. Elle ne m’aurait pas empêché non plus de venir en aide à nos concitoyens de confession juive dans l’hypercasher lors des attaques de 2015, c’est juste que l’occasion ne s’est pas présentée. Bien évidemment je ne l’aurais pas fait pour un quelconque bénéfice personnel mais uniquement par bienveillance.

M. le Ministre, sachez que c’est avec la même sincérité que je me serais exprimé si l’on m’avait demandé mon avis sur certains groupes terroristes qui ensanglantent mon pays d’origine et dont la France reconnaît également le caractère terroriste ou encore sur un prétendu génocide auquel mon pays d’origine n’a de cesse être accusé.

M. le Ministre ! que ma francité soit actée ou pas par votre ministère, cela ne changera rien ni à ma personne, ni à mes opinions. Je continuerai à servir la France à travers mes engagements associatifs et professionnels. Pour la grandeur de la France, je continuerai à œuvrer pour la Justice et l’Égalité des citoyens. Je continuerai aussi sans complexe à œuvrer pour la culture turque, je l’apprendrai et la ferai aimer à mes petits-enfants comme je l’ai fait avec mes enfants.

Le monde est devenu un village, M. le Ministre, il est temps de briser les frontières dans nos esprits.

Moi c’est fait…

Que pensez-vous de cet article ?

64



NEWSLETTER

Inscrivez-vous pour suivre toute notre actualité.

RÉAGISSEZ

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
avatar
wpDiscuz

RÉSEAUX SOCIAUX

  • Red'Action