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Quand l’Arabie saoudite décide de saboter le « soft power » turc au Moyen-Orient…

ANALYSE - Qui ne connaît pas le succès énorme des séries turques dans le monde de nos jours ? Ayant compris que la conquête des cœurs passe aujourd’hui principalement par la diffusion de séries télévisées et films, la Turquie a commencé à s’exceller dans le domaine en arrivant en deuxième position après les États-Unis en termes de taux d’exportation de ses feuilletons. Mécontents de ce succès planétaire qui atteint principalement le public du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite ainsi que ses alliées semblent avoir mis en marche un plan pour le saboter.

Par Öznur Küçüker Sirene, Houda Bouali


Le marché en pleine croissance des séries télévisées turques

Les séries télévisées turques, qui sont actuellement diffusées dans plus de 140 pays, ont connu un grand succès ces dernières années, en atteignant des chiffres d’ de plus de 350 millions de dollars par an.

Selon les informations compilées par le ministère de la et du Tourisme, le secteur des séries télévisées turques, qui a fait un bond significatif en particulier au cours des 10 dernières années, arrive en deuxième position après les États-Unis en termes de taux d’exportation.

Les recettes d’exportation tirées des séries télévisées turques, qui ont été diffusées dans le monde entier des États-Unis à la Russie, aux Balkans, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique latine, sont suivies par des millions de personnes.

La valeur des exportations de séries télévisées en 2016 a atteint 300 millions de dollars, en hausse par rapport à 10 millions de dollars en 2008.

Les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord occupent une place prépondérante dans les territoires d’exportation des séries télévisées turques, suivis par l’Europe de l’Est, l’Europe de l’Ouest, l’Asie, les États-Unis et l’Amérique latine.

« Adını Feriha Koydum », « Gümüş », « Fatmagül’ün Suçu Ne? », « Ezel », et « Kara Sevda » sont parmi les séries les plus exportées à ce jour, selon les données générées par la Direction générale du cinéma à la lumière des informations obtenues dans le secteur.

Déferlement de séries turques sur les petits écrans du monde arabe

Les feuilletons dramatiques turcs font florès et sont plébiscités par bon nombre de chaînes de langue arabe. Elles font désormais partie du quotidien de millions de téléspectatrices arabes.

L’engouement est tel que les feuilletons ont supplanté les télénovelas et les séries américaines, allant jusqu’à détrôner les séries locales égyptiennes et syriennes, encore appréciées du public dans cette région du monde.

Les pays du Moyen-Orient sont les premiers consommateurs de séries turques. En effet, le groupe phare proposait pas loin de huit séries sur l’ensemble de ses chaînes. Même les pays du Maghreb ont cédé aux sirènes des drames turcs et opté pour une programmation où la culture turque est mise à l’honneur.
Le succès est aujourd’hui indéniable et se fait voir dans la programmation des chaînes : ces séries sont diffusées en prime time. Les publics arabes sont ainsi invités à passer leur soirée à admirer une Turquie à différentes époques : actuelle pour Kiralık Aşk et ottomane pour Muhteşem Yüzyıl: Kösem (La suite de la série Le siècle magnifique, avec à l’honneur cette fois non pas le sultan Soliman mais la sultane Kösem). Plus d’une vingtaine de séries fleurissent chaque année sur les chaînes pour le plus grand bonheur des téléspectatrices arabes.

La décision de MBC de ne plus diffuser les séries turques sur ses chaînes de télévision affiliées

Un important réseau de satellites du Moyen-Orient, Middle East Broadcasting Corporation (MBC), détenu majoritairement par l’ et basé à Dubaï, a annoncé lundi que ses chaînes de télévision affiliées avaient cessé de diffuser des séries télévisées turques, qui bénéficient d’une forte audience dans le monde arabe.

MBC a confirmé à The National, un service anglais d’informations, basé à Abu Dhabi, que le radiodiffuseur avait reçu l’ordre de retirer tous les programmes turcs de ses chaînes jusqu’à nouvel ordre.

« Il y a une décision qui concerne plusieurs médias dans de nombreux pays arabes, à savoir que les séries turques doivent être retirées de l’antenne, y compris de MBC. C’était à partir de 1 heure du matin le 2 mars en Arabie saoudite », a déclaré le porte-parole de la MBC, Mazen Hayek.

Hayek a ajouté que la décision avait affecté six séries turques, y compris le drame de crime « Al Dakheel », ou « İçerde » en turc, ainsi que « Anta Watani », également connu sous le nom de « Vatanım Sensin ».

Le porte-parole de MBC a déclaré que cette décision pourrait stimuler le développement de l’industrie de la télévision régionale.

« Cela pourrait être une opportunité pour nous tous de produire des séries arabes de qualité supérieure », a-t-il déclaré.

Les représentants turcs du secteur à la recherche des alternatives pour maintenir leurs liens avec les téléspectateurs arabes

En entendant la décision, les représentants du secteur en Turquie ont immédiatement commencé à discuter de solutions alternatives pour offrir des séries télévisées à leurs publics dans la région. Varol a indiqué qu’une réunion aura lieu cette semaine et que la question sera discutée lors d’une réunion du comité à l’Assemblée des exportateurs turcs.

« Le contenu turc atteindra le public quoi qu’il arrive – nous voyons les chiffres sur YouTube et voyons une demande incroyable », a déclaré Varol, ajoutant que le public fidèle au Moyen-Orient trouve un moyen de regarder des séries télévisées turques.

Varol a déclaré : « Outre l’aspect commercial de l’exportation de séries télévisées turques vers le Moyen-Orient et la diffusion sur les chaînes régionales, nous voulons conserver notre relation avec le public et nous chercherons d’autres moyens de protéger ce lien. »

MBC a investi dans l’industrie du divertissement en Turquie et a créé O3 Media, une filiale turque des Services de Production O3, détenus par MBC, dont les productions telles que « Vatanım Sensin » sont diffusées sur les chaînes MBC aux Emirats Arabes Unis et ailleurs dans la région. Par conséquent, la décision est censée créer une situation difficile pour les productions O3 Media diffusées aux Emirats Arabes Unis.

« Dubaï devrait s’abstenir de tensions politiques », selon les responsables

Les responsables à Dubaï ont souligné l’importance de Dubaï en tant que centre financier et commercial international offrant de nombreuses opportunités pour les entreprises turques et d’autres du monde entier. Soulignant le caractère de Dubaï comme une zone de libre-échange qui alimente les médias, le commerce et la finance, les responsables ont attiré l’attention sur la position unique de Dubaï en tant que ville indépendante et séparée des débats politiques et des conflits.

Dubaï ne doit pas s’engager dans des relations politiquement tendues parce qu’il a toujours protégé son statut de centre d’affaires international plus indépendant, selon les sources. Ils ont également déclaré que la décision est liée au récent changement d’administration à MBC.

Les sources à Dubaï ont également déclaré que les séries télévisées turques contribuent grandement à la promotion de la culture turque, car les téléspectateurs apprennent le turc et essayent la cuisine turque qu’ils voient sur la série.

L’audience des productions turques soutient également le tourisme turc puisque le public du Moyen-Orient se rend ensuite dans les villes turques, en particulier à Istanbul, visible dans les séries.

L’immobilier a également bénéficié de la popularité de la série télévisée, qui a conduit les téléspectateurs du Moyen-Orient à acheter des maisons dans le pays.

The National, un journal anglophone à Abu Dhabi, a d’abord rapporté la décision de MBC dans son édition de lundi.

La décision de MBC a été rendue publique suite à la libération de son président, Waleed al-Ibrahim, à l’hôtel Ritz Carlton de Riyad après une arrestation massive en novembre par les autorités saoudiennes.

Cependant, Reuters a rapporté que les autorités saoudiennes envisagent de s’approprier une part majoritaire dans le groupe MBC alors qu’elles s’apprêtent à saisir les actifs des personnes impliquées dans une enquête anti-corruption, ont indiqué des sources proches du dossier début février.

Tensions politiques derrière la décision

Le marché du Moyen-Orient a connu de telles décisions de protestation depuis la crise égyptienne qui s’est terminée par un coup d’Etat en 2013, à laquelle la Turquie s’est opposée. Plusieurs chaînes de télévision égyptiennes ont lancé un boycott des séries turques après la protestation d’Ankara contre le coup d’État.

Les tensions politiques entre la Turquie et l’ se poursuivent sur de nombreuses questions. Par exemple, l’accord récent pour rénover une île soudanaise de la mer Rouge par la Turquie soulève les inquiétudes de l’. Par ailleurs, la Turquie avait également refusé de reconnaître un accord signé entre l’Égypte et en 2013, visant à délimiter la frontière maritime entre la Turquie et l’Égypte en vue de bénéficier des ressources naturelles dans la zone économique exclusive de la Méditerranée orientale.

L’un des sujets principaux de désaccord entre la Turquie et les Etats du Golfe fut le blocus imposé au Qatar par l’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Emirats Arabes Unis et l’Egypte qui ont accusé le pays de soutenir les puissances extrémistes et de favoriser les liens avec leur rival chiite, l’.

Malgré le rejet des accusations par Doha, le boycott du Qatar a pris une autre ampleur avec une liste de revendications pour lever le blocus, incluant la fermeture de la base militaire turque étant la première installation militaire de la Turquie au Moyen-Orient.

Dernièrement, la Turquie a eu une tension diplomatique avec les Emirats arabes unis après que le ministre des Affaires étrangères du pays, Abdallah Ben Zayed al-Nahyane, a retweeté un post dénonçant les « ancêtres » du président Recep Tayyip Erdoğan pour leur traitement des Arabes pendant l’Empire . Suite à cette propagande anti-Turquie, Ankara rebaptise la rue de l’ambassade des EAU avec le nom de Fahreddin Pacha.

Compte tenu des liens de plus en plus forts entre l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et les Etats-Unis, il est également possible de s’interroger sur les véritables commanditaires d’une telle décision.

En conclusion, malgré les différends politiques entre la Turquie et certains pays de la région, les séries turques semblent déjà avoir conquis le cœur des téléspectateurs qui ont déjà affiché leurs réactions contre la décision sur les réseaux sociaux. Beaucoup se sont opposés à la décision, soulignant que la politique et le divertissement devraient être séparés et qu’ils continueraient à regarder les séries turques.

Quelque soit la suite, la Turquie trouvera sûrement un moyen plus sûr et indépendant de maintenir ses liens avec les peuples du Moyen-Orient.

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