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L’alliance AKP-MHP en route avant les élections de 2019 en Turquie

ANALYSE - A l’aube des élections présidentielles et législatives de 2019, les deux partis forts de la Turquie, à savoir l’AKP au pouvoir et le parti d’opposition MHP, ont décidé d’afficher une position unie et solidaire en créant une alliance face aux menaces internes et externes auxquelles la Turquie est affrontée. Cette alliance hors du commun visant à unir davantage le peuple turc représente une première dans l’histoire politique de la République de Turquie. Red’Action en explique les raisons en analysant ses éventuels impacts sur les autres partis de l’opposition.

Par Tuğçe Ateş


Le mouvement nationaliste turc, le Parti d’action nationaliste (MHP), a annoncé au Parlement qu’il appuierait inconditionnellement le président Recep Tayyip Erdoğan lors des prochaines élections présidentielles.

Le chef du MHP, Devlet , a annoncé lundi que son parti n’aurait pas de candidat pour les élections présidentielles de 2019 et qu’il soutiendrait la réélection d’Erdoğan.  Suite à son élection, le président serait doté de pouvoirs formellement étendus, approuvés lors du référendum de 2017. 

Le lendemain, le leader du MHP est allé encore plus loin en offrant un crédit illimité à Erdoğan et a déclaré le soutien de son parti qui se poursuivra 5 ans après les élections en vue de « consolider un gouvernement national ».

Une première dans l’histoire de la

C’est la première fois dans l’histoire politique de la Turquie qu’un parti de l’opposition offre ce genre de soutien à un parti au pouvoir, une décision qui a stupéfié à la fois le gouvernement et l’opposition.

Cependant, la déclaration de Bahçeli n’était pas réellement surprenant si l’on prend en considération le soutien inconditionnel du MHP  au Parti de la Justice et du Développement () au pouvoir après le coup d’Etat manqué du juillet 2016 visant à renverser le gouvernement.

Les élections de 2019 doivent avoir lieu au plus tard le 3 novembre et le nouveau Président assumera également le rôle de Premier ministre. La Turquie est passé à un système présidentiel après un référendum organisé en avril 2016 et étroitement remporté par Erdoğan. Quant aux élections locales et parlementaires, elles auront également lieu en 2019.

Pour rappeler le contexte, le MHP est un parti d’opposition nationaliste, avec 36 sièges sur 550 au parlement turc. Le parti a perdu beaucoup de voix, alors que les membres dissidents ont trouvé un nouveau parti qui se nomme le IYI Parti, crédité d’environ 15% des voix, selon les derniers sondages, et pourrait jouer un rôle important lors des prochaines élections.

Bahçeli a ouvertement déclaré que son parti MHP ne briguerait plus le pouvoir, mais préférerait plutôt être « un associé du gouvernement », a déclaré Serkan Demirtaş, directeur de Hürriyet Daily News à Ankara. Selon ce journaliste spécialisé en politique, cette décision pourrait bien accélérer le processus de fusion de MHP au sein de l’AKP dans un avenir prévisible.

Le soutien de Bahçeli et de son parti à Erdoğan était jusqu’à ce jour assez flou en vue des déclarations contradictoires qu’il a prononcées à propos du président. Il avait déjà dit à plusieurs reprises au grand public qu’Erdoğan n’était pas apte à la présidence. En effet, Erdoğan et Bahçeli se disputaient assez fréquemment  devant leurs partisans et les caméras : « Le feu ne peut se brûler dans l’eau tout comme Erdoğan ne peut devenir président », avait déclaré Bahçeli lors d’un congrès en 2014.

Erdoğan a remporté près de 52 % des voix lors des élections présidentielles de 2014. L’AKP a bénéficié d’un soutien dans les grandes villes comme Ankara et , à la fois lors des élections et du référendum de 2017, ce dernier ayant renforcé la fonction présidentielle en dépit du Premier ministre. Cette initiative a permis au Président turc de reprendre la tête de son parti AKP.

Une alliance nationale

Erdoğan a salué la « position nationale » prise par le MHP, notant que « ceux qui visent à diviser la nation n’arriveront à réaliser leurs ambitions ». Il a nommé l’alliance comme « nationale ».

L’objectif politique de Bahçeli est-il de représenter une opposition face aux autres partis, soit le Parti républicain du peuple (CHP) social-démocrate, le Parti démocratique des peuples () pro-kurde et le Bon Parti (İYİ) nationaliste et laïque ? Le président Erdoğan définit souvent les formes d’opposition comme « d’autres pouvoirs » influencés par le et son discours se porte la plupart du temps sur une ligne de « nous contre eux ».

Par cette démarche, le leader du MHP cherche également à repousser un défi de la part de Meral Akşener, une nationaliste éminente qui est à la tête du parti İYİ : « Nous visons à atteindre la base de l’AKP aux prochaines élections, nous savons qu’il y a beaucoup de gens sensés dans ce parti qui sont préoccupés par les ambitions exécutives toujours croissantes d’Erdoğan », aurait-t-elle déclaré selon un  responsable du parti İYİ.

Selon des experts pro-gouvernementaux, cette alliance entre le MHP et l’AKP forcera l’opposition « anti-Erdoğan » à évoluer vers un partenariat similaire avant les élections. La décision du MHP de soutenir l’AKP incitera « les partis de l’autre bloc à rechercher une alliance entre eux », a déclaré Nebi Miş, universitaire à l’ de Sakarya, cité par le quotidien Sabah. Miş a également ajouté les difficultés à établir une telle alliance car ces partis ont des idéologies différentes.

« C’est l’alliance la plus importante de notre histoire à la fois en termes de calendrier et de nature. Une alliance aussi efficace n’a jamais eu lieu dans l’histoire récente de la République de Turquie », a déclaré pour sa part journaliste Avni Özgürel.

Le MHP et l’AKP ont formé plusieurs comités visant à modifier la loi électorale et politique actuelle qui interdit aux partis politiques existants de participer ensemble aux élections tout en gardant leur identité institutionnelle politique séparée.

Akşener a déclaré à plusieurs reprises qu’elle défierait Erdoğan aux élections présidentielles, mais pour ce faire, elle a également besoin du soutien du CHP, ont déclaré les experts. Le CHP n’a pas encore nommé une personnalité suffisamment forte pour défier l’AKP. Et son président, Kemal , âgé de 68 ans, qui n’a jamais remporté d’élection, n’est pas considéré comme un candidat potentiel.

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