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La tulipe : plus qu’une fleur tout un symbole en Turquie

CULTURE TURQUE - « On ne peut pas sortir dans la rue sans que des derviches ou des janissaires ne vous offrent des tulipes et des bagatelles », constata le voyageur et poète anglais George Sandys dans son voyage en Turquie au 17ème siècle. Quatre siècles plus tard, la tulipe représente plus qu’une fleur, un symbole fort ancré dans la culture turque.

Par Öznur Küçüker Sirene


Si vous étiez interrogé sur l’origine de la tulipe, vous auriez sans doute immédiatement pensé au . Or originaire de la Syrie, la tulipe pousse à l’état sauvage en Anatolie du Sud et près de la Mer Noire. Certaines sources soulignent que c’est à Ogier Ghiselin de Busbecq, ambassadeur de l’Empereur Ferdinand Ier auprès du Sultan Soliman le Magnifique, que l’on doit les premières tulipes en Europe au 16ème siècle.

La en Europe

Après avoir fait son trajet de Constantinople jusqu’à Bruxelles, la tulipe devient vite un centre d’intérêt majeur dans l’horticulture et le jardinage notamment dans les Provinces-Unies dans le Nord de l’Europe. L’engouement pour cette fleur « rare et exotique » venue d’Orient prend une telle ampleur que lorsque les premiers bulbes sont vendus sur le marché au début du 17ème siècle, les bourgeois riches sont capables d’y consacrer toute leur fortune. Devenue ainsi un objet de luxe, un signe de richesse et de puissance, la tulipe est de plus en plus convoitée et diversifiée avec de nombreuses nouvelles variétés aux couleurs vives.

Muse de nombre de peintres et écrivains majeurs de l’époque tels qu’Alexandre Dumas dans son livre intitulé La Tulipe Noire (1850), cette folie de tulipes dépasse toutes les limites jusqu’à en créer « une crise de la tulipe » en économique. Celle-ci est notamment due à la hausse excessive puis l’effondrement des cours de l’oignon de tulipe dans le nord des Provinces-Unies au milieu du 17ème siècle. Qualifiée de « première crise spéculative » dans la finance, cette période sombre donne lieu à des ventes de bulbe à un montant équivalent à dix fois le salaire annuel d’un artisan spécialisé ou contre cinq hectares de terre.

Folie tulipère, Jean-Léon Gérôme, 1882

Le point positif de ce passé tumultueux est certainement l’héritage de cette tradition de tulipes par la Hollande pour en faire une véritable identité. Aujourd’hui grâce à des sols adaptés à la culture de cette fleur au sud-ouest d’Amsterdam, les Hollandais accordent plusieurs milliers d’hectares à des champs de tulipes s’étendant à perte de vue dans leur petit pays.

Champ de tulipes en Hollande

L’origine du mot « tulipe »

La ressemblance de la tulipe avec le turban

Importée en Europe depuis l’, la tulipe était jusqu’alors une variété inconnue. Pour lui donner un nom il fallait ainsi choisir un terme qui ferait penser à ses origines. La forme de la tulipe faisait penser à un turban autrement dit « la coiffure orientale portée par les hommes et formée d’une longue bande d’étoffe (laine, coton, soie) enroulée d’une calotte de drap ». Il convient également de préciser que les Sultans avaient l’habitude d’arborer une tulipe fichée comme une aigrette dans les plis de leur turban. Ainsi appelée tout d’abord tulipan ensuite tulipe, la fleur fait son introduction dans les dictionnaires européens.

 Le « lâle » dans la langue et l’art turc

L’équivalent du mot « tulipe » dans la langue turque est lâle. Il existe un parallèle et un lien intéressants entre les mots « lâle » (la tulipe », « hilal » (la lune) et Allah puisque ces trois mots s’écrivent avec les mêmes caractères en arabe.

Dans la littérature de tasawwuh (philosophie de l’ consistant à étudier l’être et l’essence de la religion musulmane), Allah est symbolisé avec la Tulipe et le Prophète Mohammed (saw) par la Rose. Ce n’est pas non un hasard si le croissant de lune est l’un des symboles de l’ et de l’Empire ottoman.

Symbole religieux doté d’un véritable sens, la tulipe est ainsi devenue une figure emblématique de l’art turc. Ornant les céramiques des mosquées, les calligraphies et les dessins d’ebru (l’art turc de papier marbré) la tulipe décore plus tard même le logo officiel de la Turquie dans ses campagnes publicitaires.

L’utilisation de la figure de la tulipe dans l’art turc
Logo officiel de la Turquie

L’Ere des Tulipes dans l’Empire ottoman

Après avoir fasciné le monde entier par la beauté de la cour ottomane, l’Empire voit sa puissance s’affaiblir au 18ème siècle devant l’Europe. Cette situation marque le début d’une longue période d’occidentalisation dont le début est nommé « l’Ere des Tulipes » ( Devri en turc) entre les années 1718 et 1730. Ce nom fait référence à l’admiration d’Ibrahim Paşa Nevşehirli Damat, Grand Vizir de l’époque et beau-fils du sultan Ahmet III, pour les tulipes.

Dans cette courte période relativement pacifique, cultiver cet emblème d’appel mythique devient une pratique célébrée.

Une illustration des loisirs et plaisirs de la haute société à l’Ere des Tulipe

Tout comme en Europe, cette période aussi est marquée par l’engouement de la haute société ottomane pour la culture des tulipes symbolisant la noblesse et les privilèges mais aussi la nostalgie pour un passé de faste et de prospérité dans un Empire s’étant progressivement fragilisé.

Dans cette période, les bulbes de tulipe sont extrêmement convoités pour embellir les jardins et maisons de l’élite. De l’habillement aux arts plastiques, la tulipe est partout présente : soies, textiles et peintures.

Festival de la tulipe à Istanbul : un événement incontournable de la ville

Après un passé aussi fascinant, cette fleur ayant suscité tant d’étonnement et d’émerveillement jusqu’à en provoquer une crise financière a retrouvé sa place majeure dans les jardins stambouliotes grâce au « Festival international de la Tulipe » qui offre chaque année un paysage visuel extraordinaire aux habitants de la ville. Généralement célébré au mois d’avril, cet événement permet aux Stambouliotes de découvrir les milliers de tulipes plantées dans les nombreux parcs de la ville autour de nombreuses activités et festivités telles que des concerts et expositions.

Festival de la Tulipe à Istanbul

Enfin pour rendre un dernier hommage à cette fleur aux pétales flamboyants, nous vous invitons à un voyage magique dans le temps à travers les mots poétiques de l’écrivain français Louis-Aimé Martin dans son ouvrage intitulé Le langage des , publié en 1830 :

« Dès les premiers jours du printemps, on célèbre, dans le sérail du grand-seigneur, la fête des tulipes. On dresse des échafauds, on prépare de longues galeries, on y place des gradins en amphithéâtre, on les recouvre des plus riches tapis, et bientôt ils sont chargés d’un nombre infini de vases de cristal, couronnés des plus belles tulipes du monde. Le soir venu, tout s’illumine ; les bougies répandent les odeurs les plus exquises, des lampions de couleurs brillent de tous les côtés comme des guirlandes d’opales, d’émeraudes, de saphirs, de diamants et de rubis ; une quantité prodigieuse d’oiseaux renfermés dans des cages d’or, tous éveillés par ce spectacle, confondent leur ramage avec les mélodieux accords des instruments que touchent d’invisibles musiciens ; une pluie d’eau de rose rafraîchit les airs : les portes s’ouvrent, et les jeunes odalisques viennent mêler l’éclat de leurs charmes et de leur parure à celui de cette fête enchantée […] ».

 

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