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Les Kurdes renforceront leur soutien à Erdoğan lors des élections du 24 juin

ANALYSE - Le président de la République de Turquie et le chef du Parti de la Justice et du Développement (AKP), Recep Tayyip Erdoğan, recueillera le soutien des Kurdes aux élections, estiment les experts, grâce à son succès en matière de stabilité politique, d’ordre public ainsi que les services d’État fournis dans les régions à majorité kurde.


La décision des électeurs issus de milieux ethniquement kurdes, estimés représenter environ 20% de la population, a traditionnellement été cruciale lors des élections en Turquie. Le vote kurde aura sans aucun doute un impact significatif sur les élections législatives et présidentielles qui auront lieu dans moins de 10 jours.

Les experts disent, et un récent sondage montre, que tandis qu’un grand nombre de Kurdes dans les provinces à prédominance kurde dans le sud-est de la Turquie devraient voter pour le Parti Démocratique des Peuples (), le président Recep Tayyip Erdoğan et son Parti de la Justice et du Développement (AKP) au pouvoir bénéficieront également d’un soutien solide et augmenteront leur pourcentage dans les urnes.

Selon Vahdettin İnce, auteur et intellectuel kurde, le comportement des électeurs dans la région a été façonné ces dernières années par la manière dont les partis ont abordé ce que l’on appelle la « question kurde », problème auquel les Kurdes sont sensibles. « Les Kurdes posent aujourd’hui cette question : ‘Que signifie la question kurde pour différentes partis?’ Et quand les partis répondent à cette question, le [Parti Républicain du Peuple] est éliminé du fait de son sombre passé avec de nombreux incidents contre les Kurdes et un manque d’autocritique sur la question », explique İnce.

Vahdettin İnce ajoute que si le HDP « semble être dans l’intérêt des Kurdes au niveau du discours et de la rhétorique, ils ont aussi un passé aigre qui doit être évalué avec le terrorisme du PKK dans la région ».

Le HDP a été accusé de liens idéologiques et politiques étroits avec l’organisation terroriste PKK, fondée en 1978 et en conflit armé contre l’État depuis 1984. À la suite du conflit, près de 40 000 personnes ont été tuées depuis plus de trois décennies. Actuellement, l’ancien co-président du HDP et le candidat à la , Selahattin Demirtaş, est incarcéré pour des charges liées au terrorisme.

En ce qui concerne le parti AKP, İnce dit : « Nous voyons une transformation de ‘il n’y a pas de Kurdes’ à ‘il y a des Kurdes’, nous voyons une chaîne kurde gérée par l’État, nous voyons des instituts de kurdologie et des cours de Kurde dans les écoles de nos jours », dit-il.

Il ajoute que de telles réalités du passé récent seront prises en compte lorsque les électeurs feront leurs choix le 24 juin, et « cela signifiera un fort soutien pour Erdoğan ».

Yılmaz Demirhan, président du Centre de recherche (YÖRSAM) basé à Diyarbakır, également professeur en sciences politiques à l’université de Dicle, dans la province de Diyarbakır, a déclaré qu’avec la stabilité , le maintien de l’ordre public et la visibilité des services étatiques dans la région, l’AKP a récupéré les votes qu’il avait perdus au HDP lors des dernières élections.

Lors des élections de juin 2015, l’AKP a perdu près de 25 à 30% de ses voix dans la région, tandis que le HDP a vu ses voix augmenter, par rapport aux élections législatives de 2011 et de 2007. Au total, le parti AKP a obtenu 40,87% des voix, ne parvenant pas à former un gouvernement majoritaire unipartite et des ont été organisées par le président en novembre de la même année. Par la suite, lors de ces élections de novembre, le parti AKP a remporté une victoire écrasante avec 49,49% des voix et formé le gouvernement.

De nombreux analystes et habitants de la région avaient déclaré à l’époque qu’une chance démocratique avait été accordée au HDP le 7 juin 2015 de se détacher du PKK et de poursuivre la politique par des moyens démocratiques au Parlement. Cependant, l’échec du HDP et la réapparition de la violence du PKK dans la région ont conduit les électeurs kurdes d’apporter un soutien solide au parti AKP lors des élections de novembre 2015.

« Alors que la politique se normalise et qu’un climat de confiance se stabilise, l’AKP continuera de récupérer les votes qui ont été transmis au HDP », a ajouté M. Demirhan.

Pour les élections présidentielles du 24 juin, Erdoğan se présentera à la présidentielle en tant que candidat commun de l’AKP et du Parti d’action nationaliste () sous l’Alliance populaire, et sera également soutenu par le Parti nationaliste de la Grande Union (BBP).

Pendant ce temps, le CHP, le Bon Parti (İP), le Parti de la Félicité (SP), le HDP et le Parti Vatan (VP) ont déclaré leurs propres candidats.

Une enquête publique de YÖRSAM, menée en personne dans les provinces de Diyarbakır, Mardin et Batman avec la participation de 1302 personnes entre les 8 et le 11 juin, a interrogé les participants sur le candidat pour qui ils voteraient lors des élections présidentielles du 24 juin. Les résultats ont montré que parmi les participants, 31,1% soutenaient Erdoğan et 55,6% soutenaient Demirtaş. Le candidat du CHP Muharrem İnce était le troisième dans les sondages avec un pourcentage de 3,5%. Cependant, environ 5,5% des participants étaient des électeurs indécis.

Les résultats de l’enquête ont indiqué que dans le cas d’un second tour de scrutin, İnce recevrait plus de voix qu’Erdoğan. Mehmet Emin Ekmen, ancien député de l’AKP au sud-est de la province de Batman, a déclaré : « Au premier tour, il n’y aura pas de votes substantiels de la part de la région, mais s’il y a un second tour entre Erdoğan et İnce, les supporters du HDP n’iront soit pas voter soit voter pour İnce ».

La recherche de YÖRSAM a également comparé la performance de l’AKP aux élections du 1er novembre 2015 avec son enquête publique sur le soutien aux candidats à la présidentielle lors des prochaines élections. Selon ces résultats, le soutien à Erdoğan dans la région a augmenté de 3 à 6 points de pourcentage depuis 2015.

Lorsque la même comparaison est faite pour la performance de HDP et Demirtaş, les résultats de YÖRSAM montrent que Demirtaş a perdu plus de 10% du soutien des électeurs HDP dans la présidentielle.

La question de savoir si l’alliance de l’AKP avec le MHP nationaliste affectera négativement le soutien des Kurdes persiste.

Cependant, les Kurdes ont fermement soutenu le « oui » du parti AKP lors du référendum sur les amendements constitutionnels d’un passage du système parlementaire à un système présidentiel. Le principal partenaire de l’AKP dans le sondage «oui» était alors également le MHP.

Les Kurdes ne sont pas homogènes

Les citoyens kurdes de Turquie sont aussi divers que la société turque en ce qui concerne les affiliations politiques et culturelles. Alors que de nombreux Kurdes s’identifient comme des musulmans sunnites traditionnellement conservateurs et donnent la priorité à leur identité religieuse, il y a aussi des Kurdes laïques, de centre-gauche et de gauche radicale, qui donnent la priorité à leur identité ethnique.

Alors que les profils conservateurs ont toujours soutenu le parti AKP au cours des dernières décennies, les profils privilégiant leur identité ethnique ont traditionnellement soutenu le HDP. Les principaux partis turcs, tels que le principal parti d’opposition CHP et le MHP, n’ont jusqu’à présent pas réussi à attirer les voix kurdes dans la région du sud-est de la Turquie.

Alors que le HDP a été le parti le plus fort de la région, attirant surtout les votes des Kurdes de gauche, il y a aussi le Parti pour la Cause Libre (HÜDA-PAR), un parti islamiste conservateur qui reçoit du soutien dans les provinces à majorité kurde, bien que ceci ne constitue pas une part très significative dans les votes globaux. Les responsables de HÜDA-PAR ont également annoncé que leur parti soutiendrait Erdoğan à la présidentielle, tout en fonctionnant indépendamment pour le Parlement.

Les analystes affirment également que, si les électeurs du HDP s’en tiennent à leur parti pour des raisons idéologiques, les Kurdes conservateurs peuvent être les électeurs les plus forts et, par conséquent, leurs choix seront plus déterminants.

« Les électeurs du HDP font des choix basés sur leurs attaches idéologiques au parti, en particulier les électeurs du HDP en dehors de la région Sud-Est, alors qu’il y a plus de flexibilité chez les électeurs du Sud-Est vers Erdoğan », a dit İhsan Aktaş, président de la société de sondages Genar.

Aktaş a ajouté que si le HDP est capable de garder ses électeurs idéologiques, il tente d’attirer des électeurs conservateurs à travers des manipulations sur Erdoğan.

« Erdoğan a une forte popularité aux yeux des électeurs kurdes, c’est pourquoi le HDP utilise une campagne de dénigrement intensifiée et un discours d’hostilité contre Erdoğan pour couvrir leurs propres défauts et failles », dit Aktaş.

Le problème du terrorisme et non le problème avec les Kurdes 

Comme l’a précisé l’auteur kurde Vahdettin İnce, ce que l’on appelle la « question kurde » a été interprété de plusieurs manières, avec des approches politiques diverses.

Au cours de la dernière décennie, les gouvernements de l’AKP ont souligné qu’ils n’avaient pas de « problème » avec les Kurdes et ont soutenu leur rhétorique à travers un certain nombre de sociales et politiques concernant les droits des Kurdes et l’identité kurde.

Cependant, Erdoğan et les gouvernements du Parti AKP ont déclaré qu’il y avait un problème du « terrorisme » dans le pays, se référant au groupe terroriste PKK, et ont souligné que le PKK n’est pas représentatif de tous les Kurdes. Le président turc a juré que la menace posée par les terroristes du PKK serait éliminée du pays. Cela ne représente pas un pas contre les Kurdes. Au contraire, Erdoğan dit que l’élimination du PKK aidera les Kurdes à se libérer de l’oppression que le PKK a imposée aux populations de la région.

La Turquie a également traversé une période de démocratisation depuis les premières années du mandat de l’AKP avec une série de réformes visant à accroître les droits et libertés des Kurdes. Plus tard, des mesures ont été prises dans le processus de réconciliation en 2013, une tentative de mettre fin au terrorisme du PKK par une série de démarches, notamment un cessez-le-feu par le PKK. Cependant, le cessez-le-feu a pris fin en juillet 2015, lorsque le PKK a unilatéralement mis fin au cessez-le-feu.

(Source : Daily Sabah)

 

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