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« La France ne lâchera jamais le Liban »: Que signifie la visite de Macron à Beyrouth ?

INTERNATIONAL - En visite cette semaine à Beyrouth ravagée par l’explosion, le dirigeant français a réconforté des foules désemparées et a promis de reconstruire la ville, affirmant que l’explosion avait « transpercé le cœur de la France ».


En visite cette semaine à Beyrouth ravagée par l’, le dirigeant français a réconforté des foules désemparées et a promis de reconstruire la ville, affirmant que l’ avait « transpercé le cœur de la  ». « La France ne lâchera jamais le  », a déclaré Macron. « Le cœur des Français bat toujours au rythme de Beyrouth. »

Dénonçant une incursion néocolonialiste d’un dirigeant européen cherchant à rétablir le pouvoir sur une terre troublée du Moyen-Orient, ses détracteurs ont fustigé cette initiative, lui reprochant par ailleurs de détourner l’attention de problèmes croissants dans son pays.

A l’inverse, les défenseurs de Macron – y compris les habitants désespérés de Beyrouth, l’ayant qualifié de « seul espoir » – l’ont félicité pour sa « visite des quartiers ravagés où les dirigeants libanais craignent de marcher », ainsi que pour sa dénonciation des politiciens libanais, les tenant responsables de la corruption et de la mauvaise gestion imputées à l’explosion meurtrière de mardi.

La visite de Macron a révélé le défi central de la France alors qu’elle se prépare à accueillir dimanche une conférence internationale des donateurs pour le Liban : comment aider un pays en crise, avec lequel les relations économiques françaises sont profondes, sans interférer dans ses affaires intérieures.

« Nous marchons au bord d’un précipice. Nous devons aider, soutenir et encourager le peuple libanais, mais en même temps ne pas donner l’impression que nous voulons établir un nouveau protectorat, ce qui serait complètement stupide », a déclaré Jack Lang, ancien ministre du gouvernement français dirigeant désormais l’Institut du monde arabe à Paris. « Nous devons trouver de nouvelles solutions intelligentes pour aider les Libanais ».

Les liens de la France avec le Liban remontent au moins au XVIe siècle, lorsque la monarchie française avait négocié avec les dirigeants ottomans afin de protéger les chrétiens et assurer leur influence dans la région. A l’époque du mandat français de 1920-1946, le Liban disposait déjà d’un réseau d’écoles françaises et d’intellectuels francophones, toujours présents à ce jour, des relations étroites ayant depuis perduré entre le Liban et la France.

Une pétition en ligne surprenante a vu le jour cette semaine, demandant à la France de restaurer temporairement son mandat, affirmant que les dirigeants libanais avaient montré une « incapacité totale à sécuriser et à gérer le pays ».

Cette initiative, largement considéré comme une idée absurde – Macron lui-même ayant déclaré mercredi aux habitants de Beyrouth « c’est à vous d’écrire votre histoire » – a malgré tout été signée par 60.000 personnes, y compris des membres de la diaspora libanaise, forte de 250.000 personnes, ainsi que par des Libanais ayant déclaré qu’il s’agissait d’une manière « d’exprimer leur désespoir et leur méfiance à l’égard de la classe  ».

Le dirigeant français a toutefois réussi à rassembler la classe politique divisée, même brièvement. Dans une scène rare, les chefs des factions politiques libanaises – dont certains sont encore des ennemis acharnés de la guerre civile de 1975-1990 – sont apparus ensemble au Palais des Pins, siège de l’ambassade de France à Beyrouth, et se sont rangés après avoir rencontré Macron.

Mais pour beaucoup, la visite était perçue comme condescendante. Certains s’en sont pris à la pétition et à ceux qui célèbrent « la France, la mère tendre ».

Un écrivain, Samer Frangieh, a déclaré que Macron avait rassemblé les politiciens tels des « écoliers », les réprimandant pour ne pas avoir rempli leurs fonctions.

D’autres ont montré, plus subtilement, leur opposition à l’influence de la France. Alors que Macron visitait les quartiers ravagés par l’explosion, le ministre de la , soutenu par le Hezbollah, a visité des hôpitaux de campagne fournis par l’Iran et la Russie, principaux acteurs de la région.

« Je vois des gens qui veulent le retour d’un mandat. Ils n’y a aucun espoir », a déclaré Leah, étudiante à Beyrouth qui ne voulait pas que son nom soit publié par crainte de répercussions politiques, fermement opposée à cette idée et à ceux qui considèrent Macron comme le « sauveur » du Liban.

« Il n’a pas résolu ses problèmes avec son pays, avec son peuple. Comment peut-il nous donner des conseils ? », a-t-elle ajouté.

À Paris, les opposants politiques de Macron, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ont mis en garde le dirigeant centriste contre le néocolonialisme rampant et contre l’extraction de concessions politiques du Liban en échange d’aide. « La solidarité avec le Liban doit être inconditionnelle », a ainsi tweeté Julien Bayou, chef du parti populaire des Verts.

Macron lui-même a fermement rejeté l’idée de relancer le mandat français.

« Vous ne pouvez pas me demander de remplacer vos dirigeants. Ce n’est pas possible », a-t-il déclaré. « Il n’y a pas de solution française ».

Mais il a tenu à noter qu’il prévoyait de revenir au Liban afin de vérifier que les promises soient bien en cours le 1er septembre, date du 100e anniversaire de la proclamation du Grand Liban – et début de la domination française.

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