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Les déclarations de Joe Biden sont une ingérence dans la politique intérieure de la Turquie

TURQUIE / ÉTATS-UNIS - Les déclarations récentes de Joe Biden, principal rival du président Trump pour les prochains scrutins américains, sont une tentative d’ingérence dans la politique intérieure de la Turquie, ont souligné les autorités turques.


Les remarques récentes du candidat démocrate américain à la présidence Joe Biden à propos de la Turquie ont suscité de vives critiques de la part des politiciens turcs, qui ont accusé l’ancien vice-président américain de s’ingérer dans les problèmes internes du pays.

Dans une vidéo récemment publiée, l’actuel leader de la course à la présidentielle américaine a déclaré qu’il travaillerait à un changement de régime en Turquie, exprimant sa volonté de travailler avec les « dirigeants de l’opposition » dans le pays afin de renverser le président Recep Tayyip Erdoğan aux élections turques de 2023.

La présidence turque et plusieurs partis d’opposition ont fustigé les propos de Biden, soulignant la souveraineté et l’indépendance de la Turquie malgré les oppositions internes.

Les remarques de Biden « reflètent leurs intentions concernant la Turquie et leurs attitudes interventionnistes », a déclaré le directeur de la communication turque Fahrettin Altun sur Twitter.

« Ces remarques ne sont pas conformes à la démocratie et à la nature des relations turco-américaines », a-t-il ajouté.

Alors que Biden et le Parti démocrate ont longtemps accusé la Russie et d’autres puissances étrangères comme la et l’Iran d’interférer dans les élections américaines, les remarques de Biden enregistrées en décembre dernier semblent embrasser les mêmes tactiques d’ingérence dans les affaires étrangères, à la différence que, cette fois, les États-Unis essayent d’influencer les élections en Turquie.

Dans la vidéo, enregistrée en décembre dernier pour la série documentaire FX « The Weekly », Biden s’entretient avec le comité de rédaction du Times, dont la première question de politique étrangère qui lui est posée ne concerne pas des adversaires de longue date comme la Chine, la Russie ou l’Iran, mais plutôt la Turquie, alliée de l’OTAN.

« Vous sentez-vous à l’aise avec le fait que les États-Unis ont toujours des nucléaires en Turquie compte tenu du comportement d’Erdoğan ? », avait alors demandé Kathleen Kingsbury, rédactrice adjointe de la page éditoriale du journal.

Une cinquantaine d’armes nucléaires américaines basées en Turquie « ont commencé à susciter un débat public après l’offensive de la Turquie en Syrie en octobre », a-t-elle ajouté, dénaturant à tort l’opération « Source de paix » de la Turquie, lancée l’automne dernier pour empêcher la formation d’un couloir terroriste à ses frontières sud et pour libérer les Syriens de l’oppression terroriste.

« La réponse à votre question est que mon malaise a beaucoup augmenté. J’ai passé beaucoup de temps avec Erdoğan », avait répondu Biden, décrivant le président démocratiquement élu de Turquie comme un « autocrate ».

Biden a ajouté que s’il était élu en novembre, son administration poursuivrait une politique d’intervention contre le gouvernement élu de la Turquie.

« Ce que je pense que nous devrions faire, c’est adopter désormais une approche très différente à l’égard d’Erdoğan, en indiquant clairement que nous soutenons les dirigeants de l’opposition », a déclaré Biden.

Il a ajouté, suggérant un ultimatum: « Il y a un prix à payer pour Erdoğan. Il doit payer un prix pour savoir si nous devons ou non continuer à lui vendre certaines armes ».

Les remarques de Biden sont basées sur l’ignorance, l’arrogance et l’hypocrisie.

Tout en critiquant les remarques de Biden, le porte-parole du président Ibrahim Kalın a défié Biden de « donner des ordres » à la Turquie.

« L’analyse de la Turquie par Joe Biden est basée sur l’ignorance, l’arrogance et l’hypocrisie. Le temps de commander la Turquie est révolu », a déclaré Kalın sur Twitter, ajoutant : « Mais si vous pensez toujours que vous pouvez essayer, soyez notre invité. Vous en paierez le prix ».

De même, le ministre de la Justice, Abdulhamit Gül, a déclaré que la Turquie n’avait jamais permis et ne permettra aucune ingérence dans sa politique intérieure.

« La souveraineté appartient à la nation. Il n’y a pas de pouvoir avant la volonté de la nation », a souligné Gül.

Le porte-parole du ministère turc de l’Intérieur Ismail Çataklı a également commenté l’entretien et a averti Biden de ne pas considérer la Turquie comme une extension coloniale des États-Unis.

Au cours de la présidence des deux mandats de Barak Obama, dont Biden avait occupé le poste de vice-président, la Turquie avait vivement critiqué la politique américaine de financement et d’armement des terroristes des YPG dans le nord de la Syrie, filiale du groupe terroriste PKK, responsable de près de 40.000 morts. Les Etats-Unis avaient également refusé d’extrader Fetullah Gülen, résident américain et chef du groupe terroriste güleniste (FETÖ), qui a mené la tentative de coup d’État avortée de juillet 2016.

Avant la défaite du coup d’État, le FETÖ avait alors tué 251 personnes et blessé plus de 2.200, en moins de 12 heures dans la nuit du 15 juillet.

Les politiques ratées d’Obama et de Biden au Moyen-Orient, en particulier en Syrie, ont également exacerbé les relations avec la Turquie et ouvert la voie à des tensions récentes entre les deux alliés de l’OTAN.

Sombrant dans les menaces contre un partenaire de l’OTAN, le candidat présidentiel de 77 ans a continué de suggérer une ingérence et a démontré une incompréhension de la politique turque.

Se déclarant « préoccupé », Biden a déclaré : « Je suis toujours d’avis que si nous nous engageons plus directement comme je le faisais avec eux, nous pourrions soutenir les éléments de l’opposition turque qui existent encore et obtenir plus d’eux, et les encourager à affronter Erdoğan et le vaincre. Pas par un coup d’État, mais par le processus électoral ».

Biden a également souligné son mécontentement à l’égard des politiques de l’administration Trump à l’égard de la Turquie.

« Trump a cédé à la Turquie », a déclaré Biden, ajoutant : « La dernière chose à faire était de céder concernant les . Mais vraiment la dernière chose », créant l’amalgame entre les « Kurdes » et le groupe terroriste PKK/YPG au nord de la Syrie, groupe attaquant les forces de sécurité turques, kidnappant des enfants, y compris de nombreux Kurdes eux-mêmes.

Il a poursuivi : « Ils ont compris que nous n’allions pas continuer à jouer avec eux comme nous l’avions fait auparavant. Je suis donc très préoccupé. Je suis très préoccupé par nos aérodromes et leur accès également ».

« Je pense que beaucoup de travail sera nécessaire afin d’être en mesure de nous réunir avec nos alliés dans la région et gérer la façon dont nous isolons ses actions, en particulier en orientale en ce qui concerne le pétrole; beaucoup d’autres choses sont discutées depuis trop longtemps maintenant. Mais la réponse est oui, je suis inquiet », a-t-il déclaré.

L’opposition unie contre les déclarations de Biden

Des membres de haut rang de l’opposition turque ont également critiqué Biden.

Le chef du Parti du mouvement nationaliste (MHP), Devlet , a qualifié les remarques de Biden de « corrompues », déclarant que ces propos révélaient qui était derrière les précédents coups d’État ou tentatives de coup d’État en Turquie.

Bahçeli a également déclaré que la déclaration provenait d’un lieu de « pure haine » contre la Turquie, et a appelé les « groupes d’opposition » auxquels Biden a fait allusion dans son discours à être révélés, puisque le candidat à la présidentielle a laissé entendre qu’il coopérerait avec eux.

Le chef du , Kemal , a déclaré qu’en tant que principal parti d’opposition, leur seul objectif était de lutter pour l’indépendance de la Turquie et qu’il était donc inacceptable d’accepter « l’ombre d’une puissance impérialiste ».

Faik Öztrak, porte-parole du CHP, a critiqué les remarques de Biden, en disant : « Notre démocratie et notre effort pour la liberté n’ont pas besoin de faveurs impérialistes. L’indépendance est notre caractère ».

Il a assuré que l’opposition ferait de la politique pour le bien de la nation turque, pas pour des acteurs politiques étrangers.

De son côté, Gürsel Tekin, haut député du CHP d’Istanbul, a tagué Biden dans un tweet, déclarant que son parti « n’avait ni le besoin, ni la volonté d’accepter une quelconque aide étrangère pour gagner une élection. Comme l’avait affirmé Atatürk, « L’indépendance est notre caractère. Chaque acteur politique, y compris les États-Unis, doit respecter la souveraineté et l’indépendance de la nation turque ».

Temel Karamollaoğlu, chef du parti d’opposition SP, a critiqué les remarques de Biden dans une déclaration écrite et a déclaré que son parti ne laisserait aucun acteur étranger concevoir la politique intérieure de la Turquie.

« Nous avons les connaissances et l’expérience nécessaires pour faire face aux problèmes par nous-mêmes, quelle que soit l’ampleur de ces derniers », a-t-il déclaré. « La paix mondiale ne sera jamais atteinte à moins que les États-Unis ne cessent de se mêler de la politique nationale des autres », a-t-il déclaré, ajoutant que l’actuel leader de la course présidentielle américaine devrait se concentrer sur les problèmes de son propre pays.

Muharrem Ince, qui s’était présenté à la présidence en 2018 en tant que candidat du CHP, fait également partie de ceux ayant critiqué les propos de Biden.

« Comme Atatürk l’a dit : « L’indépendance est notre caractère » ! Changer le gouvernement turc est la responsabilité de la nation turque, pas la vôtre! @JoeBiden », a-t-il déclaré sur Twitter.

Le chef du Parti de la démocratie et du progrès (DEVA) Ali Babacan a déclaré que la démocratie turque était alimentée par sa nation et que les partis politiques n’avaient besoin d’aucun soutien extérieur pour remporter un succès électoral.

Ahmet Davutoğlu, chef du Parti du futur (GP), auparavant premier ministre du pays, s’est également exprimé via Twitter, déclarant que « la nation turque était le seul acteur à décider qui gouvernerait le pays et que son parti ne reconnaissait aucune autre puissance en dehors de la volonté de la nation turque ».

Au sujet des remarques controversées, Bruno Macaes, chercheur principal à l’Institut Hudson basé aux États-Unis, a déclaré : « Biden ne sait rien de la Turquie. Son incompréhension de la politique turque serait notée d’un F à un séminaire ».

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