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Le Canal d’Istanbul : les enjeux du « projet fou » du Bosphore

ANALYSE - Le projet du canal d’Istanbul dit « Kanal İstanbul », salué comme un « projet fou » par le président Recep Tayyip Erdoğan, sera par excellence une nouvelle voie navigable artificielle d’Istanbul.

Par Tuğçe Ateş


Poster électoral affichant le Kanal d’

En 2011, le président turc avait déclaré la première fois dans son programme électoral la création du Kanal d’Istanbul, un projet qui lui tenait à cœur et qu’il qualifiait comme étant « son rêve ». 7 ans plus tard, le rêve tant souhaité d’Erdoğan, l’ouverture d’un nouveau canal parallèle vers le Bosphore est prêt à jeter l’ancre.

L’inauguration des travaux du Kanal Istanbul est prévue pour le début de l’année 2018, après de nombreuses études et choix laborieux pendant ces nombreuses années.

Le canal d’Istanbul, un des premiers projets « fous » de la métropole

Ahmet Arslan, ministre turc des Transports, des Affaires maritimes et de la Communication avait annoncé le début des premières constructions réalisées pour alléger le trafic d’Istanbul. Les perturbations liées au flux du trafic se devaient de solutionner rapidement la circulation des véhicules et pour y parvenir, ponts et tunnels ont été les premiers réseaux à être mis en place dans la métropole. Une façon pour laisser une marque à jamais du gouvernement de l’ dans la ville des milles et une nuits.

Le projet du siècle, le canal d’Istanbul, s’inspire des plus grands modèles du monde, tels que le Canal de Suez et celui du Panama. Construit à l’ouest de la ville, sur la rive européenne, la largeur de la voie d’eau sera de 400 mètres et mesurera 45 kilomètres de long.

Le coût du Kanal Istanbul s’élève à 60 milliards d’euros.

Environ 5000 personnes (tous secteurs confondus) travailleront sur le site pendant les travaux du canal jusqu’à son élaboration estimée en 2023. Concernant la gestion du canal, une fois en place, 1000 salariés seront effectifs pour manager les lieux.

Début décembre 2017, le choix de la trajectoire du canal a été définitivement confirmé. 5 tracés avaient été retenus par les experts et le choix s’est porté sur la voie la plus appropriée qui commence de l’intersection de la mer Marmara et qui finit en mer Noire à l’ouest du lac Terkos.

Un nouveau dessin de la métropole d’Istanbul verra le jour puisque le canal aménagé en parallèle au Bosphore, sculptera la péninsule historique d’Istanbul qui deviendra une île entre le Bosphore et le canal. Le parcours destiné au canal débutera à partir du lac Küçükçekmece, dans la partie sud de la partie européenne de la ville. Il passera ensuite par les districts d’Avcılar et Başakşehir avant d’atteindre la mer Noire, au nord de la métropole dans le quartier d’Arnavutköy.

Les projets fous et le Canal d’Istanbul

Pour suivre le cours des projets urbains : 3 barrages vont être réalisés dans la même voie que le futur canal en vue de créer des cours d’eau artificiels. Cependant, un des barrages se nommant Sazlıdere a des chances de ne pas être réalisé pour des raisons que nous ignorons et qui fera prochainement la publication d’un à ce sujet.

Concernant les zones du futur aéroport, Arslan déclare que les mares de charbons qui dégradent l’environnement seront obstruées par des plantations de végétaux. Les matériaux issus des creusements seront réutilisés pour créer des îlots à l’embouchure au nord et la construction d’un port relira ces espaces. Les installations d’infrastructures envisagées pour le canal sont nécessaires pour conforter cette liaison, ce qui prouve une fois de plus la complexité de ce « méga-projet ».

De nombreuses réunions publiques sont prévues pour partager et informer sur le projet en continu. Bien entendu, pendant l’acheminement des travaux, un grand nombre de modifications verront le jour sur la rive européenne d’Istanbul, que ce soit au niveau des transports et aménagements fonciers que bien d’autres aspects. L’objectif est d’accompagner les Stambouliotes tout au long de ce processus pour vivre au mieux les opérations qui seront entreprises lors de la construction du canal.

L’avenir du Bosphore et de son pacte engagent la liberté de circulation maritime 

La création du canal génère des troubles diplomatiques puisque le Bosphore est régi par une convention qui permet aux pays riverains de la mer Noire de pouvoir l’emprunter librement. Le Traité de Sèvres a prévu en 1920 l’internationalisation des Détroits à l’issue de la Première guerre mondiale. Le Traité de Lausanne restitue le détroit du Bosphore à la en 1923, en supprimant l’activité militaire sous le contrôle d’une commission internationale. Il s’est suivi par la liberté du transit international dans le Bosphore, réglé par la convention de Montreux du 20 juillet 1936. Depuis, le Bosphore appartient au domaine maritime international, garantissant la liberté de navigation commerciale, quelque soit le chargement et contenus des navires.

alors ministre des Transports en 2011 avait déclaré : « Nous ne bloquerons en aucune manière le passage dans les détroits ». Les dispositifs de la Convention de Montreux permettront donc toujours aux pays qui n’ont pas de littoral sur la mer Noire, d’acheminer le détroit avec leurs navires. Les navires de guerre sont autorisés à condition de ne pas dépasser 45.000 tonnes, ce qui exclut d’office les porte-avions ou les sous-marins. Le passage de l’équipement militaire et des navires de guerre sera donc envisageable.

En effet, le nouveau canal artificiel ne sera pas soumis aux conditions de la convention et aucune réglementation internationale. La position militaro-politique de la Turquie pourra alors changer en sa faveur en vue d’augmenter son rôle sur le plan de la politique internationale.

Les objectifs derrière le Canal d’Istanbul

Le danger indéniable que représente le détroit du Bosphore est mis en avant par le gouvernement, notamment pour les risques environnementaux. La forte pollution du chenal du Bosphore par des hydrocarbures usés peut avoir des impacts très divers sur l’environnement marin. Ainsi, la préservation de la mer et de la nature est l’une des plus grandes raison de la construction du canal d’Istanbul, selon le Premier ministre Binali Yıldırım.

L’augmentation du trafic au sein du Bosphore de supertankers et de cargos, des milliers de navires transportant plus de 140 millions de tonnes de pétrole chaque année justifieraient cette nouvelle percée qui permettrait de désengorger le détroit naturel. Une possibilité de passage à 160 bateaux par jour par le Canal d’Istanbul aura tendance à fluidifier globalement la circulation selon les estimations.

De plus, le caractère sinueux du Bosphore, avec de forts courants et les rafales de vent rendent la navigation difficile. Le fort trafic maritime défile sans interruption : environ 53000 navires par an sont comptabilisés dans la décennie de 2000, dont 1/5ème transportent une cargaison dangereuse. Les patrouilles de garde-côtes turcs ont peu de possibilités d’interventions sur les navires du fait de l’internationalisation du Bosphore. Comme inscrit dans l’ouvrage intitulé « Dardanelles et Bosphore. Les détroits turcs aujourd’hui » de Bazin et Pérouse (2004), la dangerosité du Bosphore est bien réelle.

La Une du quotidien Hurriyet annonçant l’ de 1979

Les incidents les plus importants le long de la voie d’eau sinueuse, ont eu lieu lors de la collision de pétroliers qui avaient provoqué 41 morts en 1979 et 28 morts en 1994. Une autre catastrophe majeure a été évitée en 1994, lors d’un accident de deux pétroliers au cœur d’Istanbul. En 1999, un vieux pétrolier russe également s’est fendu en deux dans la mer de Marmara.

 

Des méga promotions immobilière et politique résulteront de l’aménagement de nouvelles zones résidentielles et d’autoroutes autour du canal. C’est une grande partie de la mégapole stambouliote qui bénéficierait de la somme d’un luxueux ensemble immobilier le long du canal. Une programmation massive des abords du canal et la création de deux nouveaux districts sont au cœur du projet.

Le Canal sera une alternative au Bosphore dans un premier temps. Payant, il sera rapidement très bénéfique car il incitera les armateurs à l’emprunter pour gagner un temps considérable puisque les navires éviteront les attentes de plusieurs jours avant d’emprunter le Bosphore. Le président turc est confiant : la Turquie se hissera parmi les 10 premières économies mondiales pour son centenaire en 2023.

Les conséquences potentiellement néfastes du Canal d’Istanbul

Le projet du canal ne sera malheureusement pas sans risque. L’objectif du canal permettra de relier Istanbul à la Méditerranée et la mer Noire en vue de soulager le trafic maritime du Bosphore. Cependant l’écosystème marin est en jeu et de grandes perturbations sous-marines sont annoncées par les experts. Les répercussions peuvent paraître étonnantes car c’est tout un écosystème qui risque d’être menacé et la liste est longue.

Les fleuves du Danube, Dniepr et de Don se jetant à la mer Noire, lui apportent de l’eau douce, d’où sa faible salinité. Ainsi, les eaux de la mer risquent d’être fortement impactées par le flux provoqué par le Canal en vue du débit important qu’elle procurera. Une bonne partie de l’eau douce aura de grandes chances de s’écouler en direction du canal, ce qui limitera l’apport de l’eau douce dans les eaux de la mer Noire. Selon le rapport, la mer Noire coulera plus vite au-dessus de Marmara, la couche riche en éléments nutritifs sera emporté par les courants et aura déjà provoqué une diminution rapide de l’oxygène au substrat. Une fois la teneur en oxygène terminé, un retour en arrière est quasi-impossible : Marmara se transformera en une mer morte et la structure écologique de la mer Noire sera également détériorée au fil du temps.

La mer Méditerranée, du fait de sa température en été, perd énormément d’eau (processus d’évaporation). Elle s’équilibrera probablement avec les courants et se mélangera aux eaux de la mer Noire. Un brassage peu bénéfique en vue des dommages qui sont encore difficiles à estimer.

Le Bosphore entre la mer Noire et la mer de Marmara

Au niveau du domaine juridique, des accords ont été signés (le plus important à Bucarest en 1992 et le protocole visant à protéger la biodiversité et le paysage de la mer Noire en 2002) car ce projet concerne non seulement Istanbul, mais aussi les pays riverains de la mer Noire. Des questionnements se posent à ce sujet et l’opinion des pays voisins est attendue concernant ces impacts.

La construction de ce nouveau canal a donc certainement soulevé des questions sur son statut juridique et diplomatique. Un consensus avec les pays frontaliers partageant la mer Noire, a surement été établi aux regards des risques qu’ils encourent. Il n’y a pas eu plus d’informations sur cette initiative dans les médias.

Il est incontestable de renier que les compensations présentées par les autorités restent encore insuffisantes aujourd’hui. Cependant, le projet ne peut se réaliser sans la moindre incidence même minime en vue de l’ampleur colossale qu’elle représente. Le canal d’Istanbul n’est pas qu’une simple voie d’eau, c’est un façonnement entier de la ville de demain. Une crainte de voir Istanbul dans cette course à l’aménagement, au détriment des écosystèmes environnants, atteste la difficulté d’une stratégie durable des territoires. Cet enjeu peut avoir des incidences imprévisibles sur l’environnement au regard des intérêts visés. Plusieurs tracés ont été envisagés pour le canal afin de minimiser les impacts environnementaux qu’il pourra entraîner avec. Le choix a été récemment délivré.

L’avenir nous dira si la pression du modèle urbain issue de ces projets l’emportera sur la valeur environnementale de ce contexte géographique. Le canal nécessite une surveillance accrue tel qu’un observatoire qui pourra accompagner la démarche écologique à long terme.

L’ouverture du nouveau canal d’Istanbul parallèle au Détroit du Bosphore sera un vrai changement géophysique de la mégalopole. Le Canal d’Istanbul est le rêve du président turc où il compte poser la première pierre au début de l’année 2018. Lors d’une conférence à Belgrade, le discours du président turc résonne dans tous les médias invoquant « les projets fous » baptisés en son nom : « Ouvrir un nouveau canal, parallèle au Bosphore, ce que nous appelons le canal d’Istanbul, est mon rêve. Avec l’aide de Dieu, nous en poserons la fondation à la fin de cette année au début de 2018. Il y a un canal de Suez, un canal de Panama, et il y aura un Canal d’Istanbul ».

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