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Paradoxes de la France : droits de l’homme ou ventes d’armes ?

OPINION - Alors que la majorité des médias et responsables politiques français dénoncent à longueur de journée « la pseudo-dictature » du président turc Recep Tayyip Erdoğan ayant donné au monde entier une leçon de démocratie après avoir été réélu lors des élections du 24 juin, marquées par un taux record de participation (près de 90%), une photo du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui mange son gâteau d’anniversaire offert au Caire par le putschiste égyptien Al Sissi est devenue virale sur les réseaux sociaux. Paradoxes et incohérences de la France envers deux pays qui présentent pourtant de grandes différences dans le domaine de la démocratie et des droits de l’homme.

Par Öznur Küçüker Sirene


Une photo absente des médias français qui en dit long sur les paradoxes d’une dont les actions varient de plus en plus en fonction de ses intérêts financiers.

Lors d’une réunion au Caire avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le président égyptien Abdel Fattah Al a offert un gâteau d’anniversaire pour célébrer l’anniversaire du responsable français.

Sissi avait accueilli Le Drian au Caire pour discuter du renforcement des relations franco-égyptiennes, et la date était proche du 71e anniversaire du ministre – le 30 juin -, une occasion idéale pour détendre l’atmosphère.

L’ambassadeur de France au Caire, Stéphane Romatet, a posté la photo des deux leaders avec un énorme gâteau d’anniversaire sur Twitter. Il a dit que le gâteau de Sissi était un geste d’amitié.

Les relations entre l’Egypte et la France sont au beau fixe avec de forts liens historiques, dans la , l’armée, l’ et le commerce.

Comment cela aurait-il pu être autrement sachant que l’Egypte est le plus gros client de la France dans les ventes d’armes ? En effet 37% de ses importations d’armes viennent de France, passant devant les États-Unis et la .

Selon un rapport publié par l’Institut de recherche de Stockholm pour la paix, l’Hexagone a été le troisième plus gros exportateur d’armes du monde entre 2013 et 2017, réalisant 6,7% des ventes totales de la planète.

Ces chiffres expliquent en grande partie « les liens cordiaux » qui relient les deux pays.

Et ce n’est pas tout ! Ces armes sont achetées dans un objectif bien précis : Dans le rapport « Égypte : une made in France », rendu public ce lundi 2 juillet, plusieurs ONG dénoncent les ventes françaises d’armes lourdes et légères et de matériel de cybersurveillance dit « à double usage », civil et militaire, à l’Égypte qui ont été utilisées contre la population égyptienne.

De plus les chiffres de ventes d’armes françaises à l’Egypte sont en pleine croissance : les livraisons d’armement passent de 39,6 millions d’euros en 2010, en fin de règne de Hosni Moubarak, à 838,4 millions d’euros en 2014 un an après le coup d’État d’Abdel Fattah Al Sissi, puis culminent à 1,2 milliard en 2015 et 1,3 milliard en 2016.

La France, sous la présidence de François Hollande, a défendu ces ventes au nom de la . Mais les 60 000 prisonniers politiques, les milliers de disparus, les mille morts, dans la seule répression de la manifestation du 14 août 2013, donnent un aperçu de l’ampleur de la violence exercée contre les Égyptiens, avec le concours de matériels français.

Devant ces intérêts financiers considérables, bien évidemment pas un mot de la part des responsables français pour condamner les violations flagrantes des droits de l’homme du putschiste Al Sissi, qui préside la République arabe d’Égypte depuis 2014 à la suite du coup d’État ayant renversé Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu d’Egypte.

N’ayant pas les mêmes intérêts économiques en matière des ventes d’armes avec la Turquie, la même France qui se tait devant la répression du président égyptien illégitime, élève paradoxalement la voix pour dénoncer « les pseudo-dictature et violences » de l’Etat turc.

Rappelons les propos de Jean-Yves Le Drian lors de l’opération « Rameau d’Olivier » de l’armée turque à en Syrie, lancée le 20 janvier afin d’éradiquer le terrorisme à la frontière turque et dans la région :  « Si le souci de la frontière est légitime pour la Turquie (…) cela ne justifie absolument pas l’action en profondeur des troupes turques sur la zone d’Afrin. On ne peut pas être plus clair, là aussi il faut le dire et nous le disons ».

Si ces réactions contradictoires de la France nuisent considérablement à la crédibilité du pays sur la scène internationale, elles nous conduisent également à nous demander si de nos jours les préoccupations françaises pour les droits de l’homme s’arrêtent là où les intérêts financiers entrent en jeu.

Alors que la Turquie lutte dignement contre le terrorisme tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières tout en contribuant à la sécurité du continent européen et est reconnue comme le pays le plus généreux au monde en termes d’aide , elle est aujourd’hui victime d’un traitement médiatique injuste et irréaliste en France.

Erdoğan démocratiquement élu par son peuple est désigné comme le dictateur alors que le putschiste Al Sissi, comme « l’ami ».

Compte tenu de ces éléments, nous vous laissons donc vous décider qui est le dictateur, le donneur de leçons et le véritable défenseur des droits de l’homme dans cette histoire.

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