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Affaires médiatiques de Benzema et Özil : la montée du racisme en Europe

OPINION - Zoom sur deux parcours brillants pour deux enfants d’immigrés atypiques qui sont aujourd’hui tous les deux soumis à un lynchage médiatique et racisme sans précédent en Europe simplement parce qu’ils ont des origines étrangères et qu’ils sont musulmans.

Par Öznur Küçüker Sirene


L’un d’origine algérienne, né en France, est écarté de l’équipe de France suite à une affaire de chantage à la sextape touchant son coéquipier Mathieu Valbuena. L’attaquant du Real Madrid  ne retournera pas en équipe de France même si la plus haute juridiction française lui donne raison dans cette affaire. Le moindre geste et discours de Benzema est depuis toujours analysé à la loupe pour prouver qu’il est un « mauvais Français ». L’ancien Premier ministre Manuel Valls émet alors de vives critiques à son égard :  « Un grand sportif doit être exemplaire. S’il ne l’est pas il n’a pas sa place en équipe de France ». « Quand un Premier ministre parle de toi, on n’est plus dans le domaine du sport. Je pense que dans mon cas, si j’ai été puni, c’est pour des raisons politiques », explique Benzema. Il devient ainsi source de polémiques incessantes et un outil de récupération pour « une partie raciste de la France ». Dans la transmission de ses entretiens, ses propos sont déformés : on fait de lui celui qui refuse de chanter la Marseillaise, alors que peu mettent en avant « son exemplarité en matière de fiscalité ». Dans une interview à So Foot en décembre 2011, le footballeur jugeait d’ailleurs que les supporteurs français sont « dans un délire bizarre » : « En gros, si je marque, je suis français, mais si je ne marque pas ou qu’il y a des problèmes, je suis arabe. »

L’autre joueur d’origine turque, né en , Mesut Özil est victime du même racisme dans un autre pays européen : l’. Attaqué « pour son jeu et son attitude » après l’élimination de l’ de la Coupe du monde 2018, Mesut Özil est aujourd’hui confronté au risque de ne plus être sélectionné à l’équipe nationale. La raison qui a déclenché tout ce racisme : la diffusion des photos d’Özil remettant un maillot au président   avant la Coupe du monde. Donc aussi caricatural que cela puisse paraître, poser avec le président de son pays d’origine est « une grave erreur » aux yeux des Allemands auprès de qui Özil a même dû s’excuser ! Bien évidemment, si l’ a été éliminée de la Coupe du monde, les coupables sont Özil voire le président Erdoğan avec qui il a posé.

D’ailleurs, un autre footballeur au sein de l’équipe nationale allemande, , est victime du même racisme. Plus de trois semaines après avoir posé aux côtés du président turc, Recep Tayyip Erdoğan, Gündoğan vit l’horreur : sa voiture a été saccagée dans la soirée du 7 juin près de l’hôtel de Cologne où résidait l’équipe nationale allemande à la veille de son dernier match de préparation avant le Mondial, contre la sélection d’ et il est hué dès son entrée sur le terrain à la 57e minute du match.

Jörn Koenig, le porte-parole du parti allemand d’extrême-droite AfD ne perd pas un instant pour justifier le lynchage subi à l’échelle nationale par les deux joueurs d’origine turque : « Il y a des joueurs qui sont fiers de notre pays. Özil et Gündoğan devraient libérer deux places dans l’équipe nationale pour des joueurs qui ne rendent pas plus hommage au président turc qu’à la patrie allemande ». L’ancien capitaine de l’équipe nationale, Lothar Matthäus, accuse également les performances d’Özil en pointant du doigt « son faible attachement à l’Allemagne » :  « Avec Özil, j’ai souvent l’impression qu’il ne se sent pas bien sur un terrain dans le maillot de l’équipe nationale, qu’il n’est pas libre : presque comme s’il n’avait pas envie de jouer. Je ne vois pas de cœur, pas de joie, pas de passion ».

Le cas de Benzema, Özil et Gündoğan n’est qu’une partie visible de l’iceberg : même s’ils sont nés et grandissent sur le territoire des pays européens, les immigrés et musulmans vivent quotidiennement ce genre de lynchage et pression de la part des citoyens et responsables politiques européens qui se sentent supérieurs à eux simplement parce qu’ils n’ont pas une autre origine et un autre pays auquel ils se sentent attachés. Aimer son pays d’origine, s’intéresser à sa politique, assumer son identité religieuse et ethnique sont aujourd’hui vus comme « un crime » par une partie grandissante de la population qui ne cesse de répéter la phrase clichée de Sarkozy : « Tu l’aimes ou tu la quittes ».

Ces citoyens qui doivent fournir deux fois plus d’efforts que les autres pour se faire une place et réussir dans les sociétés européennes font aujourd’hui face à un risque de rejet et marginalisation avec des discours racistes qui se banalisent de jour en jour dans les médias et discours politiques.

Or pourquoi devraient-ils se justifier après chacun de leurs actes et chaque événement puisque dans des pays dits démocratiques tout citoyen est égal devant la loi ? Pourquoi par exemple un Musulman qui ne se sent absolument pas être représenté par devrait-il condamner plus que d’autres les commis par cette organisation terroriste ? Quel serait l’objectif de ces justifications ?

Les Européens qui n’ont aucune autre origine et qui ne sont pas musulmans, seraient-ils exemplaires en tout point pour pouvoir juger aussi cruellement et lyncher les immigrés qui ont réussi ?

Si ces affaires sont avant tout désolantes pour de jeunes gens brillants qui ont sacrifié leur vie à leur carrière, elles sont également le reflet de la réalité sombre d’une qui devient de plus en plus raciste alors qu’elle ne cesse de donner des leçons de morale et démocratie au monde entier, dont notamment la Turquie sous la présidence d’Erdoğan.

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